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	<title>MaTo autour du MONDE</title>
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	<description>Réflexions sur un monde mal compris</description>
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		<title>MaTo autour du MONDE</title>
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		<title>Un Froid de poulet</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Nov 2008 08:06:17 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ça fait quelques temps que je n&#8217;ai pas mis ce blogue à jour. Même lorsque l&#8217;on vit au Laos, la routine fini par se faire ressentir, tissant ses toiles de normalité réconfortante et refroidissant la créativité et l&#8217;inspiration. Pourtant, je continue tout de même à écrire régulièrement des articles pour Suite101. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le besoin [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=99&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Ça fait quelques temps que je n&#8217;ai pas mis ce blogue à jour. Même lorsque l&#8217;on vit au Laos, la routine fini par se faire ressentir, tissant ses toiles de normalité réconfortante et refroidissant la créativité et l&#8217;inspiration. Pourtant, je continue tout de même à écrire régulièrement des articles pour Suite101. C&#8217;est d&#8217;ailleurs le besoin de rencontrer mon échéance pour ce site que je n&#8217;ai pas écrit sur mon blogue à propos du dernier événement majeur à avoir réussit à sortir Sainyabouli de sa torpeur : le festival des courses de pirogues. J&#8217;ai quand même écrit un article en anglais à ce propos, qui se trouve <a href="http://laos-travel.suite101.com/article.cfm/boat_racing_festival_in_laos">ici</a>.</p>
<p>J&#8217;avais déjà <a href="http://matomonde.wordpress.com/2008/07/21/mon-pays/">écrit il y a quelques mois</a>, que la saison sèche et fraiche de novembre à février était la plus belle période de l&#8217;année. Je me ravise. C&#8217;est bien d&#8217;avoir tous les jours un beau ciel bleu, de ne plus avoir à marcher dans la boue, de ne pas suer à grosse goute à la moindre petite activité physique (comme se lever debout), mais il fait vraiment froid.</p>
<p><span id="more-99"></span></p>
<p>Vous qui êtes au Québec, dans la neige, me rirons certainement au nez. Écoutez-le donc celui-là qui ce plaint qu&#8217;il fasse un peu froid dans un pays tropical! Qui ne peut pas supporter un misérable froid de 10 dégrée! Il a déjà oublié ce que c&#8217;est que le vrai &#8220;frette&#8221;! À ça, je répondrais qu&#8217;au Québec, les demeures sont bien isolées, les douches sont chaudes et que le transport se fait à l&#8217;abri dans une voiture ou un autobus. Ici, les maisons sont complètement ouverte sur l&#8217;extérieur et ne sont pas du tout isolées, les petits chauffaud de douche électrique peuvent uniquement transformer de l&#8217;eau froide en eau plutôt tiède, que le transport en moto devient une torture et que l&#8217;humidité tropicale, une fois refroidie, pénètre facilement les gilets de laine, les couvertures de lit et même les pores de la peau. Bref, il fait un véritable froid de canard.</p>
<p>Cependant, depuis quelques semaines, ce sont bien plus les poulets qui grelotent. Ils craignent sérieusement que leur courte vie soit écourtée encore davantage depuis que des symptômes de la grippe aviaires aient été décelés chez certains de leurs congénères. Ainsi, deux choix s&#8217;offrent aux poulets (et aux canards, oies et dindes) : soit être mangé avant son heure ou bien finir dans un grand sac pour matières biologiques contaminées.</p>
<p>Aucun sentiment de panique ou de peur n&#8217;est perceptible chez la population par contre. Peut-être est-ce due à l&#8217;absence de l&#8217;effet d&#8217;amplification des médias de masse, qui permet une diffusion calme et rationnelle de l&#8217;information par les services de santé publique. Peut-être est-ce due à l&#8217;absence d&#8217;état de sur-aseptisation, caractérisant l&#8217;Occident, où la maladie est plutôt vue comme un ennemis étranger à combattre (au même niveau que le terrorisme, la drogue et les accommodements raisonnables) au lieu d&#8217;un aspect naturel et inévitable de la vie. Peut-être est-ce simplement due à la nature paisible, posé et contemplative de la culture Lao.</p>
<p>Tout le processus de prévention semble se faire dans le calme et la procédure, sans que personne ne soit inquiété, à part les poulets biens sur. Le quartier où le poulet malade a été découvert à complètement été nettoyé de sa volaille. Les quartiers des alentours se sont dépêché à manger tout leurs poulets avant qu&#8217;ils ne soit malades. Pendant plusieurs jours, on pouvait apercevoir un nombre anormalement élevé de petites fêtes tout autour du premier quartier nettoyé. Des fêtes du genre &#8220;Je fournis les poulets, tu fournis la bière&#8221;. À mesure que les jours avançaient et que le processus de prévention étendait son champ d&#8217;action, de plus en plus de quartiers devaient commettre leur propre hécatombes aviaires et manger plus de poulet en quelques jours que durant le mois précédant en entier. Les chanceux ayant des congélateurs, les remplirent de poulets déplumés.</p>
<p>Déplumés de son importante population de volaille, Sainyabouli ressemble presque à une ville fantôme. Elle est certes encore remplis de monde, de chiens, et vaches, et buffles d&#8217;eau et de chèvres, mais sans tous les poulets qui courent habituellement dans les rues et les champs, une importante parcelle de la vie semi-urbaine lao manque à l&#8217;appelle. La prochaine étape des autorités publique sera de débusquer les collaborateurs de poulets cachés : Ces hors-la-loi qui mettent en péril la santé publique pour pouvoir garder quelques volailles clandestines en vie. Comme à l&#8217;époque de l&#8217;État-policier, les autorités pourront probablement compter sur un réseau d&#8217;informateurs anonymes pour mettre la main sur les fautifs et les envoyer dans des camps de rééducation, euh, non, plus maintenant&#8230; Pour leur faire payer une modeste amande et confisquer leur volaille proscrite.</p>
<p>Mais les poulets reviendront un jour, et la vie normale continuera sont cours.</p>
<p>Sur un autre sujet, de nouvelles photos sont à venir&#8230;</p>
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		<title>La Nation Gazprom, Rabaska et les Amériques</title>
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		<pubDate>Thu, 25 Sep 2008 08:54:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Gazprom, un nom qui fait frémir de peur les stratèges géopolitiques retranchés dans leur bureaux de Washington et de Bruxelles. Un nom qui fait aussi pétiller d’espoir les yeux de plusieurs leaders de pays riches en gaz naturel cherchant une alternative aux conditions inégales imposées par les géants occidentaux des hydrocarbures.
Gazprom c’est la plus grande [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=93&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Gazprom, un nom qui fait frémir de peur les stratèges géopolitiques retranchés dans leur bureaux de Washington et de Bruxelles. Un nom qui fait aussi pétiller d’espoir les yeux de plusieurs leaders de pays riches en gaz naturel cherchant une alternative aux conditions inégales imposées par les géants occidentaux des hydrocarbures.</p>
<p>Gazprom c’est la plus grande compagnie de la Russie et le leader mondial en exportation d’énergie et en exploitation du gaz naturel. Gazprom, une société d’État, c’est aussi une extension directe de la politique étrangère du Kremlin dont l’actuel Président russe Dimitri Medvedev a autrefois été PDG. En fait, la Russie c’est aujourd’hui la Nation Gazprom et lorsque la compagnie signe un contrat avec n’importe quel gouvernement étranger, c’est aussitôt l’influence de Moscou qui s’étend un peu plus, confirmant son nouveau statut de super-puissance mondiale de l’énergie, une entente énergétique à la fois.</p>
<p><span id="more-93"></span></p>
<p><strong>Les Russes débarquent chez nous</strong></p>
<p>Par conséquent, ce ne pouvait être une surprise pour personne lorsque l’an dernier, Gazprom a témoigné son désir de participer dans le méga projet Rabaska et son terminal méthanier à Lévis, assurant ainsi sans contredit sa viabilité à long terme. L’entente entre Québec et Gazprom prévoirait que cette dernière importe du gaz naturel liquéfié (GNL) de son champ Shtokman de la Mer de Barrent jusqu’à Rabaska pour y être re-gazéifié et distribué partout dans le marché nord-américain. La Russie possède les plus grandes réserves de gaz naturel au monde, bien que plusieurs de ses champs n’ont pas encore été développé.</p>
<p>Le GNL c’est l’avenir, disent plusieurs experts. De moins en moins cher à exporter et sa combustion, moins polluante que celle du pétrole, répond aux normes environnementales mondiales, notamment le Protocole de Kyoto. Cela fait donc de Gazprom, de loin le plus important exportateur de GNL au monde, la société de l’avenir.</p>
<p>La Russie (et Gazprom), qui domine de plus en plus de marché européen du gaz, veut percer à tout prix celui de l’Amérique du Nord, et Rabaska va lui servir de porte d’entrée. Pour confirmer ce partenariat, le Ministre québécois du développement économique, Raymond Bachand, s’est rendu à Moscou la semaine dernière pour discuter avec les représentants du géant russe de l’énergie.</p>
<p>Mais voilà qu’une opportunité de freiner les ambitions globales de Moscou se présente. En réponse à l’intervention de l’armée russe pour empêcher le massacre par la Géorgie de ses concitoyens russes en Ossétie du Sud, le Premier Ministre canadien Steven Harper a laissé entendre qu’il considérait la possibilité de punir Gazprom et ses intérêts au Canada en rétribution. Bien qu’il n’ait pas mentionné explicitement Rabaska, la cible de cette menace ne fait aucun doute.</p>
<p>Dire que sous le gouvernement conservateur, la politique étrangère canadienne est dicté par Washington n’est que souligner une évidence. Nous retournons donc à notre énoncé d’introduction : Gazprom, un nom qui fait frémir de peur Washington.</p>
<p>Si ce n’était que de Rabaska, ce ne serait pas si dramatique. Mais les États-Unis, observant les tendances à long terme dans le monde de l’énergie, ont peur que leur approvisionnement tombent entre les mains d’intérêts étrangers, particulièrement de la Russie et de ses alliés en devenir. Voilà donc la réponse de Moscou aux tentatives d’encerclement de la Russie par l’OTAN : l’encerclement des États-Unis par Gazprom.</p>
<p><strong>Pendant ce temps, au Sud&#8230;</strong></p>
<p>Pendant que leur client au pouvoir à Ottawa s’affaire à jouer les vierges offensées en menaçant les Russes, Washington est bien plus préoccuper par ce qui se passe au Sud, dans son ancienne court-arrière.</p>
<p>Gazprom vient de signer cette semaine une entente majeure avec le Venezuela pour le développement de deux champs de gaz naturel en haute mer dans les Caraïbes. Au même moment de la signature, un escadron de la marine russe a quitté son port en direction des côtes du Venezuela. Ce sera la première entrée de navires russes en eaux américaines depuis la crise des missiles de Cuba. Cela s’ajoute aux bombardiers de l’aviation russe qui ont été envoyé au pays d’Hugo Chavez la semaine dernière.</p>
<p>Ce partenariat en croissance entre Moscou et Caracas n’est qu’une partie de la pénétration russe en Amérique latine. Il doit s’inclure dans une vison plus vaste de coopération grandissante avec Cuba, le Nicaragua et la Bolivie. Gazprom est d’ailleurs en négociation sur plusieurs projets liés à l’exploitation du gaz naturel en Bolivie et aspire à remplacer les pétrolières américaines évincées par les politiques de nationalisation des ressources naturelles du Président bolivien Evo Morales. La Bolivie possède les troisièmes plus grandes réserves de gaz naturel en Amérique latine après le Venezuela et Trinidad et Tobago.</p>
<p>La Nation Gazprom étend son influence dans les Amériques au plus grand intérêt des pays producteurs. Les ententes de société d’État à société d’État (et donc de gouvernement à gouvernement) et les garanties des contrats préférentiels à long terme qui caractérisent les ententes énergétiques de la Russie sont souvent beaucoup plus favorable aux producteurs que les ententes à courts termes, sujettes aux fluctuations du marché, imposées par le passé sur le continent sud-américain par les pétrolières américaines. De plus, par la création de sociétés conjointes entres les deux pays, une cohésion est créé par le partage des risques qui cimentent les relations bien au-delà des questions de coopérations énergétiques.</p>
<p>Voilà le véritable objectif de Moscou : la création d’une confédération informelle de l’énergie avec la Russie en son centre. Ce qui suit est une citation de mon texte « La Russie et le monde musulman » :</p>
<blockquote><p>W. Joseph Stroupe prédit que la Russie est sur le point de mettre l&#8217;Occident « échec et mate » grâce à la consolidation d&#8217;une « confédération de l&#8217;énergie » dont Moscou en serait le coeur. Au lieu d&#8217;un cartel, qui ne lie que les producteurs, le modèle russe est fondé sur une confédération informelle, symétrique et auto-suffisante, qui unie à la fois les producteurs et les grands consommateurs d&#8217;Asie (en particulier la Chine). Cette confédération se base sur des contrats préférentiels à long terme et la création de sociétés conjointes qui cimentent la cohésion et l&#8217;interdépendance entre producteurs et consommateurs. Encore une fois, pour Stroupe, l&#8217;Iran est le « partenaire junior » de la Russie dans ce grand projet, qui, en excluant l&#8217;Occident libéral, pourrait mettre fin à l&#8217;ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis et ainsi redonner à la Russie son statut de super-puissance, ainsi qu&#8217;une influence considérable au Moyen-Orient.</p></blockquote>
<p>Cette stratégie est aussi mise en oeuvre en Amérique latine (et à une largement moindre envergure au Québec) avec le Venezuela jouant ici le rôle de « partenaire junior » de la Russie. Les pays qui en profiteront seront ceux qui auront su réagir à temps aux évolutions mondiales (pour quand un Pétro-Québec?)&#8230;</p>
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		<title>La Russie et le monde musulman</title>
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		<pubDate>Fri, 12 Sep 2008 11:23:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ceci est le dernier travail de recherche que j&#8217;ai réalisé pour mon BAC (et celui dont je suis le plus fier). Vue l&#8217;intérêt de mon dernier article concernant la Russie, je me suis dit que ce texte pouvait intéresser une ou deux personnes. J&#8217;ai ajouté une brève mise à jour à la fin à propos [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=90&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><em>Ceci est le dernier travail de recherche que j&#8217;ai réalisé pour mon BAC (et celui dont je suis le plus fier). Vue l&#8217;intérêt de mon dernier article concernant la Russie, je me suis dit que ce texte pouvait intéresser une ou deux personnes. J&#8217;ai ajouté une brève mise à jour à la fin à propos de la crise en Géorgie.</em></p>
<p style="text-align:center;"><strong><span style="text-decoration:underline;">La Russie et le monde musulman</span></strong></p>
<p style="text-align:center;"><strong><span style="text-decoration:underline;">Le positionnement de Moscou dans la reconfiguration de l&#8217;ordre mondial</span></strong></p>
<p>En 2005, la Fédération de Russie est devenue un observateur permanent à l&#8217;Organisation de la conférence islamique (OCI), deux ans après que le Président Vladimir Poutine ait déclaré au Sommet islamique en Malaisie que la Russie était une « puissance musulmane », qui espérait jouer un rôle en tant que telle au sein des pays musulmans[1]. La même année de cette adhésion de la Russie à la plus importante organisation multilatérale après l&#8217;ONU, Poutine a prononcé un discours frappant en Tchétchénie où il qualifiait son pays de « <em>the best and most reliable partner and ally [and] one of the main pillars of the Islamic world in the struggle for rights in the international arena, the struggle for their legitimate rights</em>[2]. »  La politique étrangère de la Russie vis-à-vis du monde musulman semble effectivement avoir pris une place d&#8217;importance pour Moscou depuis quelques années, évoquant un peu la politique soviétique d&#8217;avant 1979.</p>
<p>Par contre, si la politique étrangère soviétique s&#8217;inscrivait davantage dans un appui au tiers-mondisme, la nouvelle approche russe apparaît plutôt cibler le monde musulman dans une logique d&#8217;appui au panislamisme. Cette politique se met en place à un moment où, d&#8217;un côté, on assiste à une certaine réaffirmation de la puissance russe. Cette réaffirmation, qui coïncide avec l&#8217;arrivée au pouvoir de Poutine, est née d&#8217;un regain de confiance en la capacité de la Russie à jouer un rôle de premier plan sur la scène internationale et d&#8217;une amélioration de la situation économique liée à la hausse des prix des hydrocarbures. Au même moment, d&#8217;un autre côté, l&#8217;OCI démontre une volonté de jouer un rôle plus concret dans les relations internationales. Cette volonté est supportée par une société civile panislamiste de plus en plus revendicatrice qui se consolide autour d&#8217;une objection à la projection de la puissance américaine et aux invasions de l&#8217;Afghanistan et de l&#8217;Irak. Cette objection est nourrie par une perception croissante chez l&#8217;opinion publique musulmane que la « guerre globale contre le terrorisme » menée par Washington est en fait une guerre contre l&#8217;islam[3]. Ces deux phénomènes deviennent intimement liés lorsque l&#8217;on considère l&#8217;importante population musulmane en Russie, ainsi que la montée de l&#8217;anti-américanisme parmi la population russe, qui trouve son écho dans le monde musulman[4].</p>
<p><span id="more-90"></span></p>
<p>Nous pouvons donc nous demander si le Kremlin a réellement une politique étrangère cohérente et claire qui vise particulièrement le monde musulman en tant qu&#8217;entité culturelle et civilisationnelle dans les relations internationales et, si une telle politique existe, quels peuvent en être les fondements? Ou au contraire, doit-on plutôt y voir simplement le résultat de calculs purement bilatéraux de la Russie par rapport à certains pays, dont l&#8217;identité islamique n&#8217;a que peu d&#8217;importance? Mais lorsque l&#8217;on observe l&#8217;étendue des relations entre la Russie et le monde musulman, cette seconde lecture semble plutôt réductrice. Qu&#8217;il y ait réellement ou non une politique cohérente à long terme, la Russie a clairement identifié le monde musulman comme un terrain idéal pour se positionner favorablement dans le nouvel ordre mondial et notamment pour accroitre son influence au Moyen-Orient. Cette approche se confirme par la dynamique de la politique étrangère « islamique » russe, qui sera traitée dans la première partie. Cette politique s&#8217;explique d’abord par des facteurs internes, ou les rapports d&#8217;équilibre entre le pouvoir russe et sa population musulmane, qui seront décrits dans la seconde partie. Enfin, cette politique est aussi motivée par des facteurs externes, ou les rapports de force entre Moscou et Washington, qui seront discutés dans la dernière partie.<strong></strong></p>
<p><strong>1 – La politique étrangère « islamique » russe en action</strong></p>
<p><em>La coopération énergétique et militaire : les trois niveaux d&#8217;engagement de l&#8217;islam</em></p>
<p>Pour bien saisir l&#8217;étendue et le dynamisme de la politique étrangère russe vis-à-vis du monde musulman, il est essentiel en premier lieu d&#8217;en observer tout le panorama. Le plus important élément de cet engagement des pays musulmans est la coopération énergétique et militaire, qui s&#8217;exerce à trois niveaux géo-historiques. À un premier niveau, les anciennes républiques soviétiques d&#8217;Asie centrale sont le terrain le plus naturel pour la Russie dans ses relations avec le monde musulman. La hâte avec laquelle ces pays ont joint l&#8217;OCI (en 1992, sauf pour le Kazakhstan et l&#8217;Ouzbékistan, en 1995) montre que le soviétisme n&#8217;avait pas complètement éliminé leur volonté d&#8217;identification à l&#8217;islam. Après une perte manifeste d&#8217;influence au cours de la décennie 1990, qui a fait annoncer « la fin d&#8217;un « étranger proche »[5] » en Asie centrale, la Russie est arrivée à renforcer sa position, notamment en institutionnalisant ses relations avec la région.</p>
<p>L&#8217;Organisation de coopération de Shanghai (OCS, crée en 2001 avec la Chine), la Communauté économique eurasiatique (CEE, crée en 2001) et l&#8217;Organisation du traité de sécurité collective (OTSC, crée en 2002) sont tous des outils multilatéraux qui renforcent l&#8217;influence russe dans la région. La décision de l&#8217;Ouzbékistan de couper ses relations étroites avec Washington en 2005 et de se joindre à la CEE et l&#8217;OTSC en 2006 a été une importante victoire pour Moscou[6]. De plus, la Russie utlise le levier énergétique pour accroitre la dépendance de ces pays via des sociétés d&#8217;État comme Gazprom, LUKoil et Rosneft[7].</p>
<p>Le deuxième niveau d&#8217;action de la politique étrangère russe se fait auprès des anciens alliés de l&#8217;ère soviétique, en particulier arabes, qui offrent une fondation sur laquelle la diplomatie russe peut bâtir plus aisément. L&#8217;Algérie et l&#8217;Égypte constituent particulièrement des lieux de regain de la coopération économique et militaire[8]. De plus, au niveau énergétique, la Russie et l&#8217;Algérie collaborent maintenant sur le marché européen du gaz[9]. Enfin, les relations entre la Russie et la Syrie n&#8217;ont pas été affectées significativement par la fin de l&#8217;Union soviétique et l&#8217;armée russe possède toujours l&#8217;accès à une base navale en territoire syrien[10].</p>
<p>Finalement, le troisième niveau d&#8217;action vise les alliés traditionnels des États-Unis, qui sont les pays qui présentent les plus grands défis et sur lesquels la Russie concentre le plus d&#8217;efforts. Parmi eux, nous pourrions nommer le Pakistan, l&#8217;Indonésie, le Maroc ou la Jordanie. Cependant, trois pays sont identifiés par Moscou comme fondamentaux au positionnement de la Russie au Moyen-Orient : deux d&#8217;entre eux, la Turquie et l&#8217;Arabie Saoudite, sont toujours très proches de Washington, l&#8217;autre, l&#8217;Iran, l&#8217;a été jusqu&#8217;en 1979. L&#8217;engagement de ces pays répond à un objectif clair : assurer à la Russie des alliés à long terme sur lesquels compter pour faire avancer ses intérêts dans la région du Moyen-Orient.</p>
<p><em>La recherche d&#8217;alliés à long terme : Turquie, Iran et Arabie Saoudite</em></p>
<p>Dans le cas de la Turquie et de l&#8217;Iran, même si ces pays n&#8217;avaient pas été des alliés durant l&#8217;époque soviétique, « <em>there is nothing new in Russia&#8217;s perception of [them] as the two most essential countries in the region.</em> » En fait, depuis l&#8217;époque tsariste, ces pays étaient perçus par la Russie comme les « portes » du Moyen-Orient[11].</p>
<p>Les relations entre la Russie et la Turquie sont jonchées « <em>with histories of conflict, deep structural differences and divergent views</em> », mais se sont récemment améliorées en raison d&#8217;un sentiment similaire de frustration face aux politiques des États-Unis et d&#8217;une perception commune d&#8217;être exclus des prises de décision importantes[12]. Moscou et Ankara partagent des positions semblables sur plusieurs sujets comme l&#8217;opposition à l&#8217;invasion de l&#8217;Irak, les relations avec la Syrie, la reconnaissance du gouvernement palestinien du Hamas, la légitimité du programme nucléaire iranien, sans compter leur politique face au séparatisme (tchétchène et kurde). D&#8217;ailleurs, les deux pays ont une même vision de leur rôle comme « pont civilisationnel » entre l&#8217;Occident et le monde musulman[13]. Enfin, sur le plan énergétique, devant la transformation de la Turquie en plateforme d&#8217;acheminement vers l&#8217;Europe et la stratégie américaine pour contourner la Russie et l&#8217;Iran, Moscou s&#8217;efforce de ne pas exclure totalement la Turquie de sa contre-attaque, notamment avec le projet de gazoduc « <em>Blue Stream</em> »[14].</p>
<p>L&#8217;autre « porte » du Moyen-Orient, l&#8217;Iran, malgré une histoire de conflits au cours du 19e et début du 20e siècle, est vue par Moscou comme un « partenaire historique et stable »[15]. Aujourd&#8217;hui, les relations étroites entre la Russie et l&#8217;Iran vont bien au-delà de la vente d&#8217;armements ou de la coopération nucléaire et elles ont atteint un niveau historique avec la visite du Président Poutine à Téhéran pour le Sommet de la mer Caspienne en 2007[16]. En coulisse, un accord aurait été formulé à l&#8217;effet qu&#8217;une attaque des États-Unis contre l&#8217;Iran serait vue comme une attaque contre la Russie[17].</p>
<p>Ainsi, la formation des deux axes qui semblait avoir pris forme à la fin des années 1990 (Russie-Arménie-Iran contre Turquie-Géorgie-Azerbaïdjan) semble avoir de moins en moins de sens suite à l&#8217;amélioration des relations entre la Turquie et l&#8217;Iran, ainsi qu&#8217;entre la Turquie et la Russie[18]. Cela laisse entrevoir la création d&#8217;un éventuel triangle Russie-Turquie-Iran, ouvrant ainsi à Moscou la « porte » vers le monde arabe et en particulier l&#8217;Arabie Saoudite.</p>
<p>Les relations entre la Russie et l&#8217;Arabie Saoudite sont plutôt récentes dans l&#8217;histoire des deux pays. La visite à Moscou du Prince héritier saoudien Abdullah (maintenant Roi) en 2003 a mené à une dénonciation par l&#8217;Arabie Saoudite des séparatistes tchétchènes comme agissant de façon « non-islamique » (impliquant donc une fin de l&#8217;appui saoudien à ces derniers)[19] et un début de coopération énergétique entre la Russie et l&#8217;OPEP[20]. La place importante de l&#8217;Arabie Saoudite dans la politique étrangère russe est due à la fois à des considérations énergétiques, mais aussi à son rôle de leader régional. Ainsi, avec une relation en croissance avec le leader du monde arabe sunnite et un partenariat stratégique avec le leader du monde chiite, l&#8217;Iran, la Russie « <em>finds itself as an agent of dialogue in respect of both Shi&#8217;ites and Sunnis, an asset that the Americans do not have</em>.[21] » Cette position privilégiée fait donc de la Russie un acteur incontournable au Moyen-Orient. Ce bref tour d&#8217;horizon de l&#8217;évolution de la politique étrangère russe vis-à-vis du monde musulman nous amène donc à observer les explications internes de ces développements.</p>
<p><strong>2 – Explications internes : les rapports d&#8217;équilibre entre la Russie et ses musulmans</strong></p>
<p><em>La croissance démographique musulmane en Russie</em></p>
<p>Non seulement importante en nombre, la population musulmane de Russie, comptant environ 20 millions de personnes, est aussi très importante historiquement. L&#8217;islam est arrivé en Russie avant même le Christianisme et c&#8217;est seulement après de longues délibérations que le Prince Vladimir du Rus de Kiev a choisi cette seconde religion pour son peuple en 987[22]. Après la conquête de Kazan et d&#8217;Astrakhan par Ivan le Terrible au 16e siècle, la Russie est devenue un État multi-ethnique et multi-confessionnel dans lequel musulmans et chrétiens ont dû apprendre à cohabiter. Les populations musulmanes du bassin de la Volga, comme les Tatars, Bachkirs ou Tchouvaches sont donc une partie intégrante de la Russie et leur identité est largement inséparable de celle-ci. Par contre, les populations musulmanes du Caucase, comme les Tchétchènes, n&#8217;ont été intégrées qu&#8217;au 19e siècle, ce qui explique que leur sentiment historique d&#8217;appartenance à la Russie soit moins profond. Malgré cela, les efforts des séparatistes tchétchènes d&#8217;étendre leur combat à toute la région ont échoués, démontrant tout de même une certaine allégeance des autres populations musulmanes du Caucase à l&#8217;État russe[23].</p>
<p>Malgré tout, un certain niveau de tension et de suspicion a toujours existé entre chrétiens et musulmans russes et une crainte est perceptible parmi la majorité orthodoxe face aux prédictions voulant que, d&#8217;ici 2050, les musulmans représentent le tiers ou même la moitié de la population de la Fédération de Russie[24]. En 2000, le Président Poutine a évoqué que la possibilité de l&#8217;extrémisme islamique prenant racine dans le Caucase et s&#8217;étendant ensuite à la région de la Volga, pouvait présenter un risque d&#8217;islamisation de la Russie et même sa division en plusieurs États indépendants[25]. Ce risque est illustré, par exemple, par le mouvement panislamiste <em>Hizb ut-Tahrir</em> (Parti de la libération), banni en Russie et très actif en Asie centrale, qui a comme objectif la création d&#8217;un Califat sur toute la région, qui diviserait la Russie sur la ligne de la Volga[26].</p>
<p>C&#8217;est donc dans ce contexte que le pouvoir russe se trouve confronté à un délicat jeu d&#8217;équilibre dans lequel il doit réconforter et encourager la participation et l&#8217;épanouissement spirituel, économique et politique de sa population musulmane, tout en s&#8217;efforçant de réprimer toute propagation d&#8217;interprétations radicales et possiblement dissidentes de l&#8217;islam parmi celle-ci. Ainsi, le statut d&#8217;observateur de la Russie à l&#8217;OCI et les différents discours de solidarité avec le monde musulman prononcés par Poutine sont des moyens d&#8217;inclure les musulmans russes dans le rayonnement international de la Russie dans le monde[27].</p>
<p>L&#8217;appui des leaders musulmans à toute politique perçue comme résistant à l&#8217;Occident, en parliculier aux États-Unis, fait pressentir une fusion identitaire d&#8217;un certain nationalisme russe avec l&#8217;islam politique, où fierté slave et anti-américanisme vont main dans la main[28]. Cette fusion est inhérente à la recherche identitaire de la Russie contemporaine et à la montée d&#8217;un eurasianisme inclusif comme doctrine nationaliste de la politique étrangère russe.</p>
<p>Cette doctrine reconnaît l&#8217;influence de la culture musulmane sur l&#8217;identité russe et la dualité de sa nature. Les eurasianistes parlent de synthèse entre la Russie et l&#8217;islam, de « dialogue des civilisations » et de « renaissance eurasienne ». Certains, comme l&#8217;ancien « tsar de la privatisation » Anatoly Chubaïs, voient en cette idéologie le concept parfait pour faire de la Russie un « empire libéral », dans lequel la CEI et en particulier l&#8217;Asie centrale, serait réintégrée autour de Moscou, dans une sorte de « Confédération eurasiatique ». L&#8217;eurasianisme prône un retour en puissance de la Russie dans le monde, tout en donnant un rôle de premier plan aux musulmans russes dans ce processus. Ceci explique donc logiquement que le monde musulman soit perçu comme un allié naturel de la Russie, tant au point de vue de la fusion entre anti-occidentalisme islamique et nationalisme slave, qu&#8217;au niveau de l&#8217;identité même de la Russie[29].</p>
<p><em>Le besoin de dévier les critiques à propos de la Tchétchénie</em></p>
<p>Un autre facteur interne très important de la politique étrangère « islamique » de Moscou est le besoin de dévier les critiques à propos des actions de l&#8217;armée russe en Tchétchénie. Dissiper l&#8217;image d&#8217;une guerre par Moscou contre sa population musulmane est un impératif primordial pour le Kremlin, tant pour réconforter sa population musulmane que pour ne pas endommager ses relations avec les pays musulmans.</p>
<p>La coopération entre la Russie et le monde musulman au sein de l&#8217;OCI a donc été présentée comme un moyen de régler le conflit. Ainsi, l&#8217;affermissement des relations entre la Russie et l&#8217;Arabie Saoudite est une façon de faire accepter la position du Kremlin parmi les États membres[30]. De ce fait, la visite à Riyad de l&#8217;ancien Président tchétchène pro-russe Akhmad Kadyrov en 2004, quelques mois après la visite du Prince Abdullah à Moscou, était une stratégie pour aller chercher l&#8217;appui de pays autrefois très critiques par rapport à la Tchétcénie, sur la base d&#8217;un rapprochement entre la Russie et le monde musulman[31]. Ainsi, la question de la Tchétchènie est autant un facteur interne, qu&#8217;externe. Par contre, au niveau externe, le facteur le plus important pour expliquer la politique étrangère russe n&#8217;est pas seulement l&#8217;image de la Russie, mais aussi son désir de contrer la puissance américaine, ce qui est donc lié aux rapports de force en Moscou et Washington.</p>
<p><strong>3 – Explications externes : les rapports de force entre Moscou et Washington</strong></p>
<p><em>Contrer la puissance des États-Unis par une stratégie de séduction</em></p>
<p>Après les attaques du 11 septembre 2001, aux yeux de la Russie, les États-Unis pouvaient réagir de deux façons : soit « en durcissant des tendances unilatéralistes déjà à l&#8217;oeuvre, » soit « en s&#8217;ouvrant davantage à de nouvelles formes de coopération internationale dans le cadre, et même au-delà, de la lutte antiterroriste. » La Russie, déjà engagée dans sa propre guerre contre le terrorisme depuis 1999 et espérant la seconde réaction, s&#8217;est alignée sur les États-Unis et, « tout en se rapprochant de l&#8217;Occident, elle a rappelé qu&#8217;elle entendait jouer un rôle de premier plan vis-à-vis du monde musulman, notamment en Asie centrale[32]. »</p>
<p>Cependant, les « tendances unilatéralistes » ont rapidement émergé : D&#8217;abord dans le concept de la « guerre préventive » de la Doctrine de sécurité nationale américaine de 2002. Puis il y a eu l&#8217;invasion de l&#8217;Irak de 2003, les « révolutions colorées » dans l&#8217;espace de la CEI, perçues comme des ingérences américaines visant à affaiblir l&#8217;influence russe, et enfin l&#8217;acharnement des politiques énergétiques américaines destinées à accéder à la mer Caspienne tout en contournant le territoire de la Russie, sans compter le projet américain de bouclier anti-missiles en Europe centrale, perçu comme visant la Russie[33]. De plus, dans sa relation avec Washington, Moscou ne pouvait « accepter de se placer dans une position secondaire, ni d&#8217;admettre l&#8217;érosion de ses relations avec le monde musulman, et encore moins que se dernier soit dirigé contre elle[34]. »</p>
<p>Ainsi, percevant de plus en plus le rôle des États-Unis dans le monde musulman comme « destructif », et même engagé dans une croisade, une « guerre contre l&#8217;islam » ou une « guerre de civilisations », la Russie a tenté de se dissocier de la lutte antiterroriste américaine, la voyant comme contre-productive. En fait, Moscou craignait que les politiques américaines n&#8217;isolent les musulmans modérés et enflamment l&#8217;extrémisme, y compris sur son propre territoire[35].</p>
<p>Le durcissement de la politique étrangère russe à partir de 2003-2004 était donc accompagné d&#8217;un désir de se présenter face au monde musulman comme un acteur plus impartial, ouvert et constructif que les États-Unis. L&#8217;objectif n&#8217;étant pas seulement de se positionner favorablement dans la région, surtout au Moyen-Orient, mais aussi de contrer la puissance américaine, témoignant d&#8217;un retour à une vision de jeu à somme nulle. C&#8217;est donc avec cet objectif en tête que nous devons voir certaines initiatives de la Russie déjà mentionnées comme la reconnaissance du gouvernement du Hamas, la coopération nucléaire avec l&#8217;Iran, le rôle de médiateur entre Sunnites et Chiites, mais aussi d&#8217;autres initiatives comme la proposition d&#8217;inviter l&#8217;Égypte, l&#8217;Arabie Saoudite, la Jordanie et le Hamas comme participants à part entière au sein du processus de paix israélo-palestinien[36].</p>
<p>Ainsi, cette stratégie de séduction vise à prendre le devant sur les États-Unis en matière de   propositions de solutions et d&#8217;engagement constructif du monde musulman via diverses initiatives telles les conférences annuelles à Moscou du « Groupe de vision stratégique Russie-Monde islamique »[37]. Au Sommet islamique de l&#8217;OCI à Dakar en mars 2008, le Ministre des Affaires étrangère russe Sergeï Lavrov a avancé l&#8217;idée de la création d&#8217;un « Conseil consultatif des religions » au sein de l&#8217;ONU et Moscou a proposé d&#8217;être l&#8217;hôte d&#8217;une conférence internationale sur le Moyen-Orient, pour prévenir ce que le Président Poutine appelle le « <em>danger of the world divided between religions and civilizations</em> » et donc du besoin d&#8217;efforts « <em>aimed at preventing an inter-faith and inter-ethnic divide</em>[38]. »</p>
<p>De cette manière, dans les mots de l&#8217;ancien Premier ministre russe Yevgeni Primakov : « <em>Russia is on the way to becoming one of the pillars, if you like, one of the centers, of the multipolar world and one should reckon with Russia &#8230; The Americans will have to retreat, they are at a dead end, and they don&#8217;t know how to back out of it. [...] Our task is [...] to make sure that a world order that emerges is based on stability</em>[39]. » Cette stabilité, la Russie entend bien convaincre les pays musulmans qu&#8217;elle émergera seulement par un rôle réduit des États-Unis dans leurs régions.</p>
<p>Donc, après s&#8217;être assurée un rôle de premier plan vis-à-vis du monde musulman par cette stratégie de séduction, la Russie s&#8217;est donnée comme mission de contrer la puissance américaine en deux étapes. La première étape s&#8217;exécute dans le premier niveau géo-historique de la Russie qu&#8217;est l&#8217;Asie centrale. L&#8217;institutionalisation de ses relations et l&#8217;utilisation du levier énergétique déjà mentionnés en première partie doivent donc être vue comme des moyens de contrer l&#8217;avancée de l&#8217;influence américaine dans ce que la Russie considère toujours comme sa sphère d&#8217;influence. Elle s&#8217;est donc efforcée d&#8217;étendre sa présence militaire dans la région et de renforcer ses relations avec les autocrates locaux en continuant dans cette logique de séduction et en se présentant comme un partenaire plus fiaible pour contrer les desseins américains de promotion de la démocratie[40]. Une fois le « sous-ventre mou »[41] de la Russie plus ou moins sécurisé, la deuxième étape dans le rapport de force Moscou-Washington se réalise à un niveau beaucoup plus vaste et concerne le désir de la Russie de devenir une super-puissance de l&#8217;énergie.</p>
<p><em>L&#8217;accession au statut de super-puissance par la création d&#8217;une confédération de l&#8217;énergie</em></p>
<p>La Russie possède la plus importante réserve de gaz naturel au monde et l&#8217;une des plus importantes réserves de pétrole. Elle cherche donc, via la consolidation à l&#8217;étranger de ses sociétés comme Gazprom et via diverses alliances, à contrôler la distribution globale de façon à mettre ses principaux partenaires (surtout l&#8217;Europe et la Chine) en situation de dépendance. C&#8217;est dans ce contexte que doivent se comprendre les relations de la Russie avec le triangle Turquie-Iran-Arabie saoudite. Le premier en raison de son rôle de plateforme d&#8217;acheminement entre le Moyen-Orient, la mer Caspienne et l&#8217;Europe. Les deux autres en raison de leurs réserves importantes d&#8217;hydrocarbures, de leur influence au sein de l&#8217;OPEP, et leur rôle de leaders régionaux.</p>
<p>Ainsi, les analystes ont formulés plusieurs scénarios concernant les ambitions énergétiques globales de la Russie. Le premier est la possibilité de la création d&#8217;un cartel du gaz naturel sur le modèle de l&#8217;OPEP, qui unirait la Russie à certains pays comme l&#8217;Algérie, l&#8217;Iran, l&#8217;Indonésie et le Qatar. Ensemble, à eux seuls, la Russie et l&#8217;Iran contrôlent 40% des réserves mondiales de gaz[42]. Le second scénario est l&#8217;idée de l&#8217;OCS se transformant en « club de l&#8217;énergie », alliant l&#8217;un des plus importants producteurs (la Russie) à l&#8217;un des plus importants consommateurs (la Chine) et où la Russie contrôle l&#8217;industrie des hydrocarbures centre-asiatique[43]. Là encore, l&#8217;Iran prend une place centrale avec la possibilité de son adhésion prochaine à l&#8217;OSC au sommet de Douchanbé en 2008[44]. Ainsi, au niveau énergétique, l&#8217;Asie centrale et le Moyen-Orient sont intimement liés aux yeux de Moscou.</p>
<p>Le troisième scénario est de loin le plus significatif et implique la fusion des deux autres. W. Joseph Stroupe prédit que la Russie est sur le point de mettre l&#8217;Occident « échec et mate » grâce à la consolidation d&#8217;une « confédération de l&#8217;énergie » dont Moscou en serait le coeur. Au lieu d&#8217;un cartel, qui ne lie que les producteurs, le modèle russe est fondé sur une confédération informelle, symétrique et auto-suffisante, qui unie à la fois les producteurs et les grands consommateurs d&#8217;Asie (en particulier la Chine). Cette confédération se base sur des contrats préférentiels à long terme et la création de sociétés conjointes qui cimentent la cohésion et l&#8217;interdépendance entre producteurs et consommateurs. Encore une fois, pour Stroupe, l&#8217;Iran est le « partenaire junior » de la Russie dans ce grand projet, qui, en excluant l&#8217;Occident libéral, pourrait mettre fin à l&#8217;ordre mondial unipolaire dominé par les États-Unis et ainsi redonner à la Russie son statut de super-puissance, ainsi qu&#8217;une influence considérable au Moyen-Orient[45].</p>
<p><strong>Conclusion</strong></p>
<p>Les relations entre la Russie et le monde musulman suivent un processus évolutif qui va probablement continuer à croître à long terme. La croissance de la population musulmane de la Russie et son désir de contrer la puissance américaine au Moyen-Orient constituent des incitatifs beaucoup trop primordiaux pour qu&#8217;il en soit autrement. La possibilité d&#8217;une accession de la Russie comme membre à part entière de l&#8217;OCI confirmerait ce développement. Ceci contredirait donc Samuel Huntington, qui avait prédit que les relations entre les civilisations orthodoxes et musulmanes deviendraient inévitablement conflictuelles[46].</p>
<p>Ces relations pourraient aussi être observées sous l&#8217;angle des relations Moscou-Pékin où ils pourraient également servir de modèle pour l&#8217;engagement du monde musulman par la Chine. La Chine, possédant une population musulmane semblable en nombre à la Russie (bien que minime en terme de pourcentage de la population totale), pourrait aussi profiter d&#8217;un statut d&#8217;observateur à l&#8217;OCI, tant pour dévier les critiques du traitement de sa minorité ouighour musulmane, que pour aider son positionnement au Moyen-Orient[47]. Cela aurait d&#8217;abord comme effet de rapprocher la Russie et la Chine dans le cadre de leur partenariat stratégique. Ensuite, cela leur permettrait d&#8217;améliorer leur position respective dans le nouvel ordre mondial, par la configuration d&#8217;un triangle Russie-Chine-Monde musulman et le renforcement de l&#8217;axe Moscou-Pékin-Téhéran.</p>
<p>L&#8217;héritage que laissera le Président Poutine dans les relations entre la Russie et le monde musulman ne pourrait pas être mieux décrit que dans les mots suivant de l&#8217;analyste indien M. K. Bhadrakumar :</p>
<blockquote><p>Among the many laurels that Russian President Vladimir Putin gathers as his eight-year tumultuous stewardship in the Kremlin draws to a close, it is often overlooked that history will most certainly judge him as a great bridge-builder between Russia and the Muslim world. Putin&#8217;s achievement is extraordinary since Russia had a complex, difficult and hugely controversial relationship with the Islamic world for the better part of the last century.</p>
<p>To be sure, Putin&#8217;s effective handling of the Chechnya problem helped remove a potentially debilitating embarrassment with regard to the Muslim world. But that shouldn&#8217;t detract from the singular success of his policy in ensuring that no adversary can today hope to get away with manipulating the Muslim world against Moscow in « civilizational » terms in the fashion in which the West managed to do through the Soviet era[48].</p></blockquote>
<p>D&#8217;un point de vue global, la politique étrangère russe est souvent qualifiée de réactive, contradictoire et dépourvue de vision à long terme. Cependant, les développements de la politique étrangère « islamique » de la Russie découlent logiquement de l’influence de facteurs, internes et externes, dont la portée sera sans aucun doute sentie sur le long terme. En fait, à la lumière de cette évolution, ce sont maintenant les États-Unis qui semblent en mode réactif avec la nomination récente par Wasington d&#8217;un envoyé spécial à l&#8217;OCI. Une question de trop peu, trop tard, pour plusieurs pays musulmans[49]. Ainsi, le Président Dmitri Medvedev, nouvellement élu, ne pourra que poursuivre dans cette voie s&#8217;il veut atteindre la finalité du grand projet de son prédécesseur de faire à nouveau de la Russie une grande puissance mondiale.</p>
<p><em>Mise à jour (12 septembre 2008) : </em>Finalement, le Sommet de l&#8217;Organisation de coopération de Shanghai à Douchanbe en août dernier n&#8217;a pas vue l&#8217;adhésion de l&#8217;Iran comme membre à part entière en partie en raison des appréhension de la Russie de s&#8217;attirer la désapprobation  des Occidentaux. Par contre, en réponse à la rhétorique anti-russe de ces derniers lors du conflit en Géorgie, l&#8217;Iran (et les autres membres observateurs : Inde, Mongolie et Pakistan) s&#8217;est fait offrir un rôle plus grand au sein de l&#8217;organisation (le Président iranien Ahmadinejad était présent au Somment).</p>
<p>L&#8217;alignement de la Russie avec les États-Unis dans le dossier nucléaire iranien est maintenant hors de question, ce qui rend les possibilités d&#8217;adhésion de l&#8217;Iran à l&#8217;OCS en 2009 très probable. Cette adhésion permettra en théorie à la Russie d&#8217;étendre son influence jusque dans le Golfe Persique et ainsi de rivaliser encore davantage avec les États-Unis dans le Moyen-Orient.</p>
<p>Il est aussi interessant de noter que la Syrie et le Kazakhstan ont appuyer la Russie a 100% dans la crise géorgienne, et ce malgré l&#8217;ouverture des deux pays à l&#8217;Occident. Le Président syrien Bashar al-Hasad à été le premier Chef d&#8217;État à visiter Moscou après le début de la crise.</p>
<p>Plusieurs analystes s&#8217;entendent pour dire que l&#8217;Iran a été l&#8217;un des grands gagnants dans cette crise car tant l&#8217;Europe que la Russie vont maintenant rivaliser pour l&#8217;attention de Téhéran. Les sanctions contre l&#8217;Iran vont probablement être levés éventuellement et les tensions entourant le dossier nucléaire iranien, vont êtres réduite.  Les incertitudes concernant l&#8217;oléoduc BTC dans le Caucase vont pousser les Européens à voir l&#8217;Iran comme la seule alternative à la Russie et cette dernière se tournera encore davantage vers l&#8217;Iran comme éventuel allié pour équilibrer ses relations tendues avec les États-Unis et l&#8217;Europe.</p>
<p><strong>Notes de fin</strong></p>
<p>1. The Economist, « Russia&#8217;s Muslims », <em>The Economist</em>, 7 avril 2007, p. 39.<br />
2. Vladimir Poutine cité dans Seigei BLAGOV, « Putin Calls Russia Islamic World&#8217;s Most Reliable Ally », <em>Cybercast News Service</em>, 13 décembre 2005.<br />
3. Pour le rôle du panislamisme dans les relations internationales, voir Naveed S. SHEIKH, « Post-modern Islamism?: The International Politics, and Polemics of Comtemporary Islam », <em>Journal of Third World Studies</em>, 19 (2), 2002 : 43-61. Pepe Escobar a fréquemment rapporté la perception d&#8217;une guerre contre l&#8217;islam, notamment dans son livre <em>Globalistan: How the Globalized World is Dissolving into Liquid War</em>, Ann Arbor, Nimble Books, 2006, p. 6 et 227. Sur ce sujet, voir aussi Andrei TSYGANKOV, « Russia and the &#8216;war of civilizations&#8217; », <em>Asia Times Online</em>, 24 février 2006.<br />
4. Le recensement de 2002 a trouvé 14,5 millions de musulmans en Russie (10% de la population), le Ministre des Affaires étrangères Seigei Lavrov a avancé le chiffre de 20 millions en 2005, tandis que d&#8217;autres parlent de 23 ou même 26 millions en incluant les migrants azeris et centre-asiatiques. Voir Aleksei MALASHENKO, « The Shadow of Islam over Europe », <em>International Affairs</em>, 50 (5), 2004, p. 70; et The Economist, <em>loc. cit.</em> p. 39.<br />
5. Anne de TINGUY, « Russie-Asie centrale : la fin d&#8217;un « étranger proche » », <em>La Revue internationale et stratégique</em>, dossier « Asie centrale : vers un nouveau grand jeu? », dirigé par Didier BILLION et Valérie NIQUET, été 1999, p. 117.<br />
6. Mohammad-Reza DJALILI et Thierry KELINER, « L&#8217;Asie centrale, terrain de rivalités », <em>Courrier des Pays de l&#8217;Est</em>, 1057, 2006, pp. 4-8.<br />
7. Voir ibid., pp. 8-9; Seigei BLAGOV, « Russia&#8217;s move on energy chessboard », <em>Asia Times Online</em>, 4 février 2006; Federico BORDONARO, « Moscow Moves to Consolidate Control in Belarus and Turkmenistan », <em>Power and Interest News Report</em>, 5 janvier 2007; ESCOBAR, <em>Globalistan</em>, <em>op. cit.</em>, p. 49; et Arun SAHGAL, « Growing Russian Influence in Central Asia », <em>Power and Interest News Report</em>, 5 novembre 2004;<br />
8. Dans une discussion à l&#8217;Assemblée fédérale de la Fédération de Russie, ces deux pays sont identifiés de nouveau comme des alliés, RF Federal Assembly, « The Islamic World and Russia&#8217;s Foreign Policy », <em>International Affairs</em>, 51 (4), 2005, p. 100.<br />
9. Voir M. K. BHADRAKUMAR, « Reheating the Cold War », <em>Asia Times Online</em>, 24 mars 2006; et F. William ENGDAHL, « US Outflanked in Eurasia energy geopolitics », <em>Asia Times Online</em>, 10 juin 2006.<br />
10. Oded ERAN, « Russia in Middle East: The Yeltsin Era and Beyond », dans Gabriel GORODETSKY (dir.), <em>Russia Between East and West. Russian Foreign Policy on the Threshold of the Twenty-First Century</em>, Londres, Frank Cass, 2005, p. 162.<br />
11. <em>Ibid.</em>, p.159.<br />
12. Fiona HILL et Omer TASPINAR, « Turkey and Russia: Axis of the excluded? », <em>Survival</em>, 48 (1), 2006, p. 81 et 90.<br />
13. M. K. BHADRAKUMAR, « &#8216;Searching for attackers lurking in the night&#8217; », <em>Asia Times Online</em>, 8 avril 2006.<br />
14. BHADRAKUMAR, « Reheating the Cold War », <em>loc. cit.</em>; et K. Gajendra SINGH, « Russian bear calls on gray wolf », <em>Asia Times Online</em>, 28 août 2004.<br />
15. Vladimir A. ORLOV et Alexander VINNIKOV, « The Great Guessing Game: Russia and the Iranian Nuclear Issue », <em>The Washington Quarterly</em>, 28 (2), 2005, p. 50.<br />
16. Pour une analyse historique de la coopération nucléaire entre Moscou et Téhéran, voir <em>ibid</em>.<br />
17. Pepe ESCOBAR, « Attack Iran and you attack Russia », <em>Asia Times Online</em>, 26 octobre 2007.<br />
18. Nur Bilge CRISS et Serdar GÜNER, « Geopolitical Configurations: The Russia-Turkey-Iran Triangle », <em>Security Dialogue</em>, 30 (3), 1999, p. 368.<br />
19. Stephen BLANK, « Moscow&#8217;s cosy Saudi connection », <em>Asia Times Online</em>, 13 septembre 2003.<br />
20. Sophie LAMBROSCHINI, « Saudis oil their Russian ties », <em>Asia Times Online</em>, 4 septembre 2003.<br />
21. M. K. BHADRAKUMAR, « Russia straddles Sunni-Shi&#8217;ite divide », <em>Asia Times Online</em>, 17 février 2007.<br />
22. RF Federal Assembly, <em>loc. cit.</em>, p. 90.<br />
23. Yevgeny BENDERSKY, « Russia and its Muslim Population: A Balancing Act », <em>Power and Interest News Report</em>, 10 septembre 2004.<br />
24. MALASHENKO, <em>loc. cit.</em>, pp. 70-71.<br />
25. BENDERSKY, <em>loc. cit.</em><br />
26. M. K. BHADRAKUMAR, « The &#8216;Talibanization&#8217; of Central Asia », <em>Asia Times Online</em>, 12 mai 2005. Voir aussi Dmitry SHLAPENTOKH, « Muslims in Contemporary Russia », <em>Society</em>, 44 (4), 2007, p. 56.<br />
27. BENDERSKY, <em>loc. cit.</em><br />
28. The Economist, <em>loc cit.</em>, p. 39.<br />
29. Voir Kaveh L. AFRASIABI, « Russia forced to rethink US ties », <em>Asia Times online</em>, 8 septembre 2004; ESCOBAR, « Russia&#8217;s &#8216;liberal empire&#8217; », <em>Asia Times Online</em>, 18 décembre 2003.; RF Federal Assembly, <em>loc. cit.</em>, p. 97; et SHLAPENTOKH, <em>loc. cit.</em>, pp. 57-62.<br />
30. Voir BENDERSKY, <em>loc. cit.</em>; BLAGOV,« Putin Calls Russia Islamic World&#8217;s Most Reliable Ally », <em>loc. cit.</em>; et  LAMBROSCHINI, <em>loc. cit.</em><br />
31. Valentinas MITE, « Chechnya: Pro-Moscow Government Gets Official Welcome In Saudi Arabia », <em>Radio Free Europe / Radio Liberty</em>, 21 janvier 2004.<br />
32. Vladimir BARANOVSKY et Svetlana LOMIDZE, « 11 septembre : une vision russe », <em>Politique étrangère</em>, 67 (1), 2002, p. 9.<br />
33. DJALILI, <em>loc. cit.</em>, p. 4.<br />
34. BARANOVSKY, <em>loc. cit.</em>, p. 18.<br />
35. TSYGANKOV, <em>loc. cit.</em><br />
36. BHADRAKUMAR, « Russia straddles Sunni-Shi&#8217;ite divide », <em>loc. cit.</em><br />
37. BHADRAKUMAR, « &#8216;Searching for attackers lurking in the night&#8217; », <em>loc. cit.</em> En 2006, les représentants de 19 pays musulmans ont participé à la conférence.<br />
38. M. K. BHADRAKUMAR, « Russia challenges US in the Islamic world », <em>Asia Times Online</em>, 29 mars 2008.<br />
39. M. K. BHADRAKUMAR, « Gas: Iran turns up the heat », <em>Asia Times Online</em>, 10 février 2007.<br />
40. Leszek BUSZINSKY, « Russia&#8217;s New Role in Central Asia », <em>Asian Survey</em>, 45 (4), 2005, p. 553 et 560; et DJALILI, <em>loc. cit.</em>, p. 5.<br />
41. « <em>Soft underbelly</em> », souvent utilisé pour désigner la place géostratégique de l&#8217;Asie centrale par rapport à la Russie.<br />
42. BHADRAKUMAR, « Gas: Iran turns up the heat », <em>loc. cit.</em>; PINR, « Economic Brief: The Implications of a Russia-led Gas Cartel », <em>Power and Interest News Report</em>, 13 avril 2007; et W. Joseph STROUPE, « Russia&#8217;s energy drive, Part 1: Global axis of oil and gas », <em>Asia Times Online</em>, 26 avril 2007.<br />
43. BHADRAKUMAR, <em>ibid.</em><br />
44. M. K. BHADRAKUMAR, « US moves towards engaging Iran », <em>Asia Times Online</em>, 27 mars 2008.<br />
45. Voir W. Joseph STROUPE, « Russia&#8217;s energy drive, Part 1: Global axis of oil and gas », <em>loc. cit.</em>; et « Russia&#8217;s energy drive, Part 2: All power to Russia », <em>Asia Times Online</em>, 27 avril 2007. Voir aussi une critique du livre de Stroupe, <em>Russian Rubicon: Impending Checkmate of the West</em>, par Sreeram CHAULIA, « Epitaph to unipolarity », <em>Asia Times Online</em>, 14 octobre 2006.<br />
46. Voir ERAN, <em>loc. cit.</em>, p. 167.<br />
47. Phar Kim BENG, « How China can engage the Islamic world », <em>Asia Times Online</em>, 22 octobre 2006.<br />
48. BHADRAKUMAR, « Russia challenges US in the Islamic world », <em>loc. cit.</em><br />
49. <em>Idem.</em></p>
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		<item>
		<title>La Revanche des Russes (Partie 2)</title>
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		<pubDate>Mon, 01 Sep 2008 11:16:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Seconde partie
L’indépendance du Kosovo peut être perçut comme une immense tragédie pour toute personne se souciant du respect du droit international et du maintient de la paix dans le monde. C’est cette folie insensée des États-Unis et d’une poignée d’autres pays (45 sur près de 200, jusqu’à maintenant) à reconnaître l’indépendance de ce minuscule territoire [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=85&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p><strong>Seconde partie</strong></p>
<p>L’indépendance du Kosovo peut être perçut comme une immense tragédie pour toute personne se souciant du respect du droit international et du maintient de la paix dans le monde. C’est cette folie insensée des États-Unis et d’une poignée d’autres pays (45 sur près de 200, jusqu’à maintenant) à reconnaître l’indépendance de ce minuscule territoire à un moment où la Russie n’a jamais été aussi en confiance depuis deux décennies, qui a mené à la guerre en Géorgie. Pour la toute première fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, les frontières d’un État souverain (la Serbie) ont été redéfinie par une armée occupante (l’OTAN) et ce, sans l’accord du Conseil de Sécurité de l’ONU. Toute les règles de droit international des soixante dernières années ont été jeté à la poubelle.</p>
<p>Et ce pourquoi? Essentiellement pour assurer le maintient de la base militaire américaine de Camp Bondsteel du Kosovo : la plus grosse base à l’extérieur des États-Unis. Une blague militaire raconte que seules deux constructions humaines peuvent être vues de l’espace : la Grande Muraille de Chine et Camp Bondsteel. Effectivement, la base est assez facile à repérer avec <em>Google Earth</em>. Cette base sert entre autre à protéger le fameux oléoduc trans-Balkan ou AMB (Albanie-Macédoine-Bulgarie), auquel l’Albanie avait conditionné son appui à l’indépendance de ses cousins Albanais du Kosovo. Pour relier la Mer Noire à la Méditerranée, AMB est en compétition avec son alternative russe : l’oléoduc Burgas-Alexandropoulis (Bulgarie-Grèce). De retour encore une fois à la géopolitique de l’énergie.</p>
<p><span id="more-85"></span></p>
<p>Camp Bondsteel joue aussi un rôle central dans l’approvisionnement de l’armée américaine en Irak et en Afghanistan ainsi que comme point de départ des missions de bombardement aériens. La base aurait aussi un rôle important dans l’éventualité d’une attaque contre l’Iran. De plus, il est évidant que l’une des nombreuses prison secrète de la CIA, où l’on torture des présumés terroristes, s’y trouve. Aux yeux de la Russie, Camp Bondsteel est un affront et une menace qui les visent directement. Une fois la souveraineté du Kovoso redonnée à la Serbie, il est certain que Belgrade aurait ordonné la fermeture de la base, d’où l’intérêt d’accorder l’indépendance au territoire le plus criminalisé d’Europe.</p>
<p>Ainsi, le Kosovo est laissé entre le pouvoir absolue des commandants génocidaires de l’Armée de Libération du Kosovo, baptisée par certains les « Talibans de l’Europe ». Ses miliciens ont été entraîné dans les années 1990, pour mener des opérations terroristes en Serbie, par les même militants arabes et afghans liés à l’Arabie Saoudite (et appuyés par les services secrets américains, britanniques et tuques), que l’OTAN combat aujourd’hui en Afghanistan. Le Kosovo est aujourd’hui la principale plaque tournante en Europe pour le trafic de drogues, d’armements et d’esclaves, tout ça avec la protection de l’OTAN. La mafia kosovar est désormais tellement puissante à travers toute l’Europe que les trois principales familles mafieuse siciliennes rivales s’étaient rencontrés il y quelques années pour discuter d’une éventuelle alliance contre les Kosovar. Et tout ça pendant que la Serbie est devenue une démocratie plutôt mature tournée plus que jamais vers l’Europe.</p>
<p>La Russie a répliqué en mettant à jour l’hypocrisie des puissances appuyant l’indépendance du Kosovo. Pourquoi donc ne pas accorder l’indépendance au territoires renégats pro-Russes de Transnistrie en Moldavie, ou d’Abkhazie et d’Ossétie du Sud en Géorgie. Est-ce qu’il faudra maintenant envahir tous les pays qui maltraitent une de leurs minorités? Ou seulement ceux qui ne se soumettent pas aux dictats des Occidentaux (Serbie, Irak, Soudan&#8230;)?</p>
<p>Le dangereux précédant du Kosovo a fait du droit international une véritable farce et a transformé en parfaits hypocrites toutes puissances occidentales critiquant l’invasion de la Géorgie par la Russie. Après tout, depuis 1990 (avant même la dissolution de l’Union soviétique), les Ossètes du Sud réclament leur rattachement à l’Ossétie du Nord, qui fait partie de la Russie. Ces derniers ont de nombreuses raisons de craindre la domination Géorgienne et Tbilissi a toujours préféré l’utilisation de la force contre ses minorités au lieu du dialogue. La seule raison pour laquelle la province se situe en Géorgie, séparé de ses cousins du Nord, est l’esprit tordu de Staline (lui-même Géorgien), qui a poussé à l’extrême la doctrine de « diviser pour régner » partout aux marges de l’ancienne URSS.</p>
<p>Au début des années 1990, la Russie a envoyé des soldats de maintient de la paix pour mettre fin aux guerres civiles en Abkhazie et en Ossétie du Sud (guerres que la Géorgie avait perdue dans les deux cas). Moscou a volontairement « gelé » les conflits pour se garder un levier d’influence sur la Géorgie et a accordé la citoyenneté russe à tout résident des deux provinces la désirant. Dans un référendum en 2006, 99% des Ossètes du Sud ont voté en faveur du rattachement de leur province à la Fédération de Russie.</p>
<p>Les conflits auraient peut-être pu être réglés avec un Président plus conciliant à Tbilissi. La Russie a même proposé au début de l’année un règlement « à la Taiwan », c’est-à-dire que Moscou reconnaîtrait officiellement la souveraineté géorgienne sur les deux provinces et en échange la Géorgie s’engagerait à ne pas utiliser la force et à respecter les intérêts russes dans ces territoires. Washington a refusé, et donc Tbilissi aussi.</p>
<p>Car la Géorgie est une pseudo-démocratie, et les leader pseudo-démocrates n’ont pas réellement d’autre choix que de rester loyal à ceux qui les ont mit au pouvoir. Saakachvili est venu au pouvoir par la soi-disant « Révolution des roses » en 2003. Comme en Serbie quelque années plus tôt et en Ukraine un an plus tard, des dizaines de millions de dollars provenant d&#8217;organisations américaines de « promotion de la démocratie » ont permis la victoire d’un Président « pro-Occidental », c’est-à-dire prêt à faire de son pays un terrain libre pour que des puissances étrangères poussent des politiques de confrontation à l’égard de Moscou.</p>
<p>Ces organisations incluent le National Endowment for Democracy financé par le Congrès américain, le International Republican Institute, Freedom House et ses liens à la CIA, les fondations Open Society du milliardaire George Soros ou encore le Albert Einstein Institute au nom plutôt trompeur. La majorité ont été fondé sous l’administration Reagan dans son projet de privatisation des opérations clandestines. De prétendre qu’un leader venu au pouvoir grâce à des millions de dollars provenant d’un pays étranger puisse avoir une véritable légitimité démocratique est une imposture. Mais les vrai démocraties ont bien sûr des lois électorales strictes empêchant ce genre de pratiques.</p>
<p>Ces dernières années, l’administration Saakachvili a rapidement sombré dans l’autoritarisme et la corruption. La grande impopularité du Président a contribué à le pousser dans cette folle aventure en Ossétie du Sud dans le but de rallier la population autour de la perception d’une grande menace russe et ainsi fouetter le nationalisme géorgien (un nationalisme qui s’exprime souvent au détriment des Abkhazes et des Ossètes).</p>
<p>Ainsi, on tente que faire passer pour la victime le gouvernement de ce leader qui a fait appel a l’armée pour fusiller les supporteurs de l’opposition l’an dernier et qui vient de bombarder sans merci, en pleine nuit, et sans préavis, la population civile de la capitale d’Ossétie du Sud. Un véritable crime de guerre selon n’importe quel standard. D’ailleurs, aux yeux de l’opinion publique russe, l’intervention russe dans la province rebelle était nécessaire pour prévenir un génocide (contre une population dont 90% possèdent un passeport russe) et donc n’est pas bien différente de l’intervention de l’OTAN au Kosovo. En fait, il y a une différence majeure : L’armée russe n’a pas bombarder la Géorgie en entier pour complètement mettre le pays à genou, comme l’OTAN avait fait avec la Serbie en 1999.</p>
<p>Donc quelles seront les conséquences probables de ce conflit? Premièrement, Washington peut probablement oublier son désir d’intégrer la Géorgie à l’OTAN avant de nombreuses années, et peut-être même à jamais. La France et l’Allemagne ne le permettront pas. La crise a fait resurgir un nouveau schisme trans-atlantique rappelant les désaccords à propos de l’invasion de l’Irak. De nouveau, nous avons les États-Unis, le Royaume-Uni et la Pologne d’un côté, et l’Allemagne et la France de l’autre. L’OTAN risque d’en souffrir grandement et même de sombrer dans une crise de légitimité. Un prochain retrait humiliant de l’OTAN de l’Afghanistan pourrait bien enfoncer le dernier clos du cercueil.</p>
<p>Déjà les États-Unis, prévoyant l’inévitable, tente de contourner l’OTAN en négociant un accord de coopération militaire bilatéral avec la Pologne pour y placer des éléments de son bouclier anti-missile. La Russie perçoit ce bouclier comme étant dirigé contre elle et ayant comme but de permettre une première frappe nucléaire américaine sans que la Russie puisse contre-attaquer. En bref, remplacer « l’équilibre de la terreur » de la Guerre froide par la suprématie nucléaire de Washington.</p>
<p>Mais ce conflit a aussi démontré l’impuissance et l’insignifiance grandissante des États-Unis sur la scène internationale. Non seulement les États-Unis n’ont atteint aucun de leurs objectifs dans ce conflit, mais ils ont complètement été mit au second plan. C’est la France qui a servit de médiateur et presque aucun autre pays n’a critiqué ouvertement la Russie. De plus, Moscou n’a rien perdue de ses positions stratégiques dans le Caucase.</p>
<p>Peut-être assistons-nous enfin à la fin de l’ère de la « guerre contre le terrorisme », qui n’a jamais eu comme but d’enraillé réellement le terrorisme, mais plutôt de permettre à Washington de renforcer ses positions dans les points les plus stratégiques du globe, avant qu’une autre puissance ait assez de force pour entrer en compétition. Les États-Unis auraient vraisemblablement aimé que cette période dure plus longtemps, mais le retour à la réalité est arrivé.</p>
<p>De plus en plus, cette réalité nous fait percevoir que le monde unipolaire, après la fin du monde bipolaire de la Guerre froide, est terminé et que nous sommes entré dans une période de multiple pôles de puissances régionales. Mais même cela ne durera pas si longtemps. Si nous sommes pour retourner à un monde à deux pôles, ce ne sera pas Washington et Moscou, mais plus probablement Pékin et Moscou. Les États-Unis, l’Europe et le Japon devront se contenter de rôles secondaires au côté de nouveaux joueurs comme le Brésil, l’Inde et l’Iran. À savoir si la coopération Chine-Russie ne durera que le temps de mettre les États-Unis hors d’état de nuire pour ensuite s’effriter, ou si elle continuera par la suite, il est encore trop tôt pour le dire.</p>
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		<item>
		<title>La Revanche des Russes (Partie 1)</title>
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		<pubDate>Fri, 15 Aug 2008 12:16:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Asie centrale]]></category>
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		<description><![CDATA[N&#8217;ayant pas grand chose à raconter pour l&#8217;instant sur ma vie ici au Laos, j&#8217;ai décidé de me lancer dans ma première chronique géopolitique. Écrire ce genre de chronique était l&#8217;un de mes premiers buts en relançant ce site en juin (en plus de couvrir mes voyages) et il me manquait seulement la volonté de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=83&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>N&#8217;ayant pas grand chose à raconter pour l&#8217;instant sur ma vie ici au Laos, j&#8217;ai décidé de me lancer dans ma première chronique géopolitique. Écrire ce genre de chronique était l&#8217;un de mes premiers buts en relançant ce site en juin (en plus de couvrir mes voyages) et il me manquait seulement la volonté de me mettre à la tâche. La décision de récidiver ou non avec une nouvelle chronique géopolitique dans un prochain avenir dépendra probablement du nombre de commentaires que celle-ci recevra.</p>
<p>La semaine dernière, vendredi pour être plus précis, deux événements quasi-simultanés ont fait état de symboles ou de reflets du monde qui est lentement en train naître en ce début de 21e siècle, émergeant des nombreuses fissures qui se multiplient à la surface de ce que l’on appelait la période post-Guerre froide. Une période qui était caractérisée par l&#8217;hégémonie militaire, politique, économique et culturel des États-Unis. Une période, qui, de bien des façons, est maintenant définitivement révolue depuis vendredi dernier.</p>
<p><span id="more-83"></span></p>
<p>Le premier de ces deux événements a été la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Beijing (somme-nous vraiment obligés de conserver le nom plutôt anachronique de « Pékin »?), encensé comme un grand succès de par le monde entier (j’avoue n’en avoir regardé que quelques bribes). Un succès malgré toutes les critiques, toutes les protestations, toutes les craintes et les envies que provoquent le déploiement et le battement des ailes du dragon chinois, se remettant tant bien que mal des nombreuses et profondes blessures, certaines presque mortelles, infligées par les « démons étrangers » depuis la Guerre de l’opium de 1847-48. Un succès sur lequel non seulement la Chine, mais l’Asie tout entier, s’agrippera pour assurer sa position centrale dans ce nouveau « siècle asiatique ». Mais je laisse de côté la question de la Chine pour une autre chronique.</p>
<p>Le point d’intérêt de cet article est l’autre événement de vendredi dernier, dont les répercussions relèguent la cérémonie d’ouverture presque qu’à une simple fête foraine. Les observateurs de la régions s’y attendaient déjà depuis des mois avec beaucoup d’appréhension et voilà que vendredi, la Géorgie du Président Mikheïl Saakachvili, ce petit pays à l’importance géopolitique énorme, a finalement décidé de provoquer son immense voisin russe en envahissant la province autonome renégate d’Ossétie du Sud. Une acte qui, si ce n’avait pas été de la réponse rapide et musclée de la Russie, aurait pu propulser la planète dans une crise bien plus profonde et possiblement même à une troisième guerre mondiale.</p>
<p>Si j’avais écrit cette chronique en anglais, je l’aurais intitulé « Do not Poke the Bear ». Un avertissement plus que pertinent pour prévenir les tragédies dans ce zoo international rempli d’ours, de dragons, de tigres, d’éléphants, de lions, de léopards des neiges et d’aigles à tête blanche à moitié déplumés (les symboliques animales abondent en relations internationales).</p>
<p>Ceci n’a rien à voir avec une grosse brute malmenant un petit pays sans défense. Les Géorgiens et les Ossètes ne sont que les victimes innocentes de politiques désespérés en provenance d’une administration de la Maison Blanche sur le point de départ, voulant s’assurer que le prochain Président américain, peu importe lequel, n’aura pas d’autre choix que de continuer les politiques de confrontation (pour ne pas dire d’hostilités) poursuivies par Bush fils (mais débutées en fait par Clinton) à l’égard de la Russie. Bref, par le chaos, créer une situation de non-choix pour le prochain Président.</p>
<p>Laissons le conflit actuel de côté. Trois éléments contextuels essentielles se dessinent en arrière plan, juste au delà de la capacité de perception et d’attention des grands médias occidentaux moutons, résignés à répéter la propagande nauséabonde provenant de Washington et Tbilissi, giclant dans tout les sens et suintant par tout les orifices, obligeant toute personne désirant creuser en profondeur de s’armer d’une guenille fortement imbibée de vinaigre et de perspicacité. Et même là&#8230;</p>
<p>Mais comment faire autrement? Ce jeune et charmant Saakachvilli, avocat diplômé de Harvard parlant l’anglais et le français à la perfection, n’est-il pas plus sympathique et photogénique que le rustre et sévère Vladimir Poutine, ou encore l’autre gars, le nouveau Président Medvéchose, dont on tarde à parvenir à bien écrire et prononcer son nom. Parions qu’après les événements en Géorgie, le monde entier connaîtra le nom de Dimitri Medvedev.</p>
<p>Non pas qu’aucune propagande n’émane de Moscou. C’est une guerre après tout. Il n’y a pas d’enfants de choeurs en géopolitique. Il n’y a pas de bons et de méchants dans l’univers froid et pragmatique de Machiavel. D’où le besoin d’une analyse plus poussée.</p>
<p>Le premier élément contextuel à considérer est l’élargissement de l’OTAN en tant qu’instrument de projection de la puissance américaine et la réémergence des anciennes peurs instinctives des Russes, datant de l’époque tsariste, de se faire encercler par des puissances hostiles. En raison de la série de partenariats stratégiques américains existants ou en préparation, la Russie a raison de s’inquiéter. On a qu’à observer cet arc partant des États baltes et de la Pologne, passant par la colonie de l’OTAN du Kosovo, la Turquie, Israël, la Géorgie, l’occupation de Irak, la présence de l’OTAN en Afghanistan, le rapprochement avec l’Inde et se terminant avec les alliés américains d’Asie-Pacifique (Australie, Japon et Corée du Sud en particulier).</p>
<p>À la fin des années 1980, le Président Bush père avait promis au leader soviétique Gorbatchev, que l’OTAN ne s’étendrait pas aux anciens pays du Pacte de Varsovie en Europe de l’Est et que des négociations pour démanteler l’OTAN seraient mise de l’avant. Briser cette promesse a été l’une des premières choses que Clinton a fait en arrivant à la Maison Blanche, pensant peut-être que l’ancien Président russe Eltsine serait trop saoul pour s’en apercevoir. Mais les Russes s’en sont aperçus et ils n’ont toujours pas avalé la pilule. Dans son objectif de transformer l’OTAN en une police mondiale et d’empêcher l’Union Européenne de développer une politique de défense commune indépendante de Washington, les États-Unis ont poussé l’alliance jusqu’à la frontière de la Russie.</p>
<p>Ainsi, l’entêtement à intégrer la Géorgie dans l’OTAN au plus vite est perçu comme une tentative de resserrer le cercle autour de la Russie. Depuis l’arrivé au pouvoir de Saakachvili en 2003, la Géorgie a multiplié son budget de la défense par 30 grâce à la généreuse aide militaire des États-Unis et autres pays de l’OTAN. L’armée géorgienne est équipée, financée et entraînée par l’armée américaine (et israélienne). Cette intégration attirerait définitivement la Géorgie dans la sphère d’influence américaine en raison de la clause de l’OTAN qui stipule qu’une attaque contre l’un des membres est une attaque contre tous.</p>
<p>La logique voudrait donc que la Russie n’ose jamais une attaque contre la Géorgie de peur d’être entraînée dans une guerre en Europe. C’est non seulement jouer avec feu, mais aussi sous-estimer la détermination de la Russie à ne pas se laisser encercler. C’est aussi ce risque énorme d’être entraîné contre leur gré dans une guerre insensée contre la Russie (pouvant facilement dégénérer en conflit mondial) qui pousse la France, l’Allemagne et l’Italie à résister aux pressions américaines à l’égard de l’intégration de la Géorgie à l’OTAN. Sans compter la question de la dépendance de l’Europe au pétrole et au gaz naturel de la Russie, ce qui nous amène au second élément.</p>
<p>Le second élément contextuel est la géopolitique de l’énergie dans le bassin de la Mer Caspienne et en Asie centrale. À ce jeu, Moscou a prit une sérieuse longueur d’avance sur son rival et a largement renforcé son rôle de fournisseur numéro 1 de l’Europe. Moscou a consolidé son contrôle sur l’approvisionnement et l’acheminement du gaz naturel du Turkménistan. De plus, le Kazakhstan refuse obstinément de céder aux pressions de Washington et de couper ses relations étroites avec son voisin russe, tout en acceptant allégrement les pétrodollars des pétrolières occidentales, qui n’ont d’autre choix que d’accepter d’acheminer le pétrole kazakh en Europe via le territoire de la Fédération de Russie.</p>
<p>Le fameux oléoduc BTC (Baku-Tbilissi-Ceyhan) connectant la Mer Caspienne à la Méditerranée était supposé régler tous les problèmes en court-circuitant à la fois la Russie et son alternative la plus logique, l’Iran. BTC part de l’Azerbaïdjan, traverse la Géorgie et se termine en Turquie. L’oléoduc le plus coûteux de l’Histoire et le symbole le plus illustre de la géopolitique énergétique du 21e siècle risque de ne jamais remplir sa grande mission en raison du manque d’apprivoisements (le pétrole d’Azerbaïdjan n’étant pas assez, les États-Unis comptaient sur le pétrole kazakh) et l’instabilité persistante dans la région du Caucase. Ce qui nous mène au troisième élément et aux contradictions des politiques américaines vis-à-vis de la région.</p>
<p>Du point de vue de la Russie, le démantèlement de la Yougoslavie, le dernier pays réfractaire et économiquement indépendant de la période post-Guerre froide, était un coup de pratique pour éventuellement démanteler le Caucase russe. L’appui indirect des États-Unis, via l’Arabie Saoudite, aux militants et terroristes Tchétchènes et la pénétration de l’influence américaine dans la région, via la Turquie, étaient assez éloquents pour confirmer les doutes de Moscou. Ainsi, rapidement, deux axes rivaux se sont formés dans le Caucase, avec un axe Nord-Sud (Russie-Arménie-Iran) et un autre Est-Ouest (Azerbaïdjan-Géorgie-Turquie).</p>
<p>Où se situe la contradiction des politiques de Washington est que d’un côté, rien ne leur plairaient tant que de voir la Russie se faire saigner à mort par des guerres à ne plus finir dans le Caucase, qui pourraient ensuite se terminer à la Yougoslave, c’est-à-dire par une intervention de l’OTAN pour consolider les indépendances de la Tchétchénie, du Daghestan, de l’Ingouchie et des autres innombrables petites républiques autonomes dans le Caucase russe.</p>
<p>D’un autre côté, les grands intérêts pétroliers ont besoin de stabilité pour assurer la construction et la sécurité des oléoducs et gazoducs, qu’ils doivent construirent à coup de milliards car Washington leur interdit de faire affaire avec la Russie et l’Iran. Les alliés régionaux américains comme la Turquie aussi désirent la stabilité à leurs frontières. Ces politiques contradictoires ont mené à un rapprochement entre les rivaux historiques que sont la Russie et la Turquie, grâce en grande partie à la médiation de l’Iran. L’Iran a même proposé à plusieurs reprises la formation d’une triangle de coopération Téhéran-Ankara-Moscou, sous une structure institutionnelle intégrée, ayant comme but premier de stabiliser le Caucase et régler pacifiquement les différents conflits entre les États (Russie-Géorgie, Turquie-Arménie, Azerbaïdjan-Arménie). Une perspective totalement inacceptable du point de vue des Américains pour qui une intégration rapide de la Géorgie à l’OTAN aurait comme conséquence de raviver les tensions et mettre fin au rapprochement de la Turquie (un membre de l’OTAN) avec la Russie, sans compter possiblement briser les récentes amitiés Turquie-Iran.</p>
<p>Mais au-delà de ces trois éléments contextuelles, on peut résumer les causes du conflit en Géorgie en un seul mot : Kosovo.</p>
<p>(Partie 2 à venir bientôt)</p>
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		<title>Réno-Lao</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jul 2008 08:30:53 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Laos]]></category>
		<category><![CDATA[Voyage]]></category>

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		<description><![CDATA[Aujourd&#8217;hui, nous avons défoncé un mur de la maison. Celui donnant sur l&#8217;espace-garage. En murant le garage qui n&#8217;avait qu&#8217;un toit, mais pas de murs, et en le connectant au salon, nous gagnons une nouvelle pièce. Les briques sont posées, la fenêtre donnant sur l&#8217;ancien garage a été arraché et posé sur un nouveau mur, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=79&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Aujourd&#8217;hui, nous avons défoncé un mur de la maison. Celui donnant sur l&#8217;espace-garage. En murant le garage qui n&#8217;avait qu&#8217;un toit, mais pas de murs, et en le connectant au salon, nous gagnons une nouvelle pièce. Les briques sont posées, la fenêtre donnant sur l&#8217;ancien garage a été arraché et posé sur un nouveau mur, et le trou béant est terminé. Il ne reste plus qu&#8217;à poser le crépi de ciment par dessus les briques, poser la nouvelle fenêtre sur le deuxième mur et mettre une porte dans le cadre à cet effet.</p>
<p>Nous avions trop de meubles de toute façon pour notre petite maison depuis qu&#8217;une nièce à Ven a insister pour nous donner une table ronde et une immense table-banc. Cette dernière pièce en bois massif fait 1 mètre par 3 mètres et 40 cm de haut avec des superbes gravures de dragons de chaque côté. Au moins dix personnes ont été requis pour la transporter du camion au salon. Un meuble valant dans les 3000 $ ici au Laos. (Et en Amérique du Nord, combien? 20 000, 30 000, 50 000 ? Le bois tropical vaut une véritable fortune.) Elle est vite devenue mon endroit favoris pour m&#8217;étendre et lire.</p>
<p>Pour l&#8217;instant, Pone, une soeur à Ven, se servira de la nouvelle pièce comme salon de coiffure. Depuis l&#8217;ouverture de plusieurs nouveaux salons dans la ville ces dernières années, presque plus personne ne voulait venir dans l&#8217;horrible petite cabane de bois où Pone coupait les cheveux auparavant. Cette nouvelle pièce lui permettra de recommencer son commerce à neuf. Surtout après que nous ayons quitté le Laos de nouveau.</p>
<p>Je n&#8217;écrit pas énormément ces derniers jours. J&#8217;ai fait ma contribution contractuelle minimale pour Suite101, donc je n&#8217;ai plus de pression jusqu&#8217;à la mi-août. D&#8217;ailleurs, j&#8217;ai écrit quelques articles sur le Laos pour ce site, qui peuvent peut-être intéressé. Les plus récents sont accessibles en liens dans la colonne de droite, les autres le sont en suivant ce <a href="http://www.suite101.com/writer_articles.cfm/mato101" target="_self">lien</a>.</p>
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		<title>Mon pays&#8230;</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Jul 2008 05:52:41 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[&#8230; Ce n&#8217;est pas un pays&#8230; C&#8217;est la pluie!
La saison des pluie&#8230; La mousson. Pour les habitants des régions tropicales du globe, c&#8217;est un peu l&#8217;équivalent de notre hiver québécois. Si ce n&#8217;est certainement pas l&#8217;équivalent au niveau de la température, ce l&#8217;est d&#8217;un point de vue émotionnelle. C&#8217;est la saison qui, lorsque qu&#8217;elle arrive, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=77&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>&#8230; Ce n&#8217;est pas un pays&#8230; C&#8217;est la pluie!</p>
<p>La saison des pluie&#8230; La mousson. Pour les habitants des régions tropicales du globe, c&#8217;est un peu l&#8217;équivalent de notre hiver québécois. Si ce n&#8217;est certainement pas l&#8217;équivalent au niveau de la température, ce l&#8217;est d&#8217;un point de vue émotionnelle. C&#8217;est la saison qui, lorsque qu&#8217;elle arrive, on la redoute avec une grimace, lorsque qu&#8217;elle est enfin là, n&#8217;ayant pas le choix, on l&#8217;accueil avec un sourire, et lorsque qu&#8217;elle est à une période avancée, qu&#8217;est-ce qu&#8217;on a hâte qu&#8217;elle finisse!</p>
<p>La saison des pluie commence officiellement avec le nouvel an lao, qui sur le calendrier solaire est généralement au début ou à la mi-avril, mais qui est à une date fixe au tout début de l&#8217;année sur le calendrier lunaire utilisé dans les pays de tradition bouddhiste theravada. Le calendrier lunaire est encore utilisé pour toutes les fêtes religieuses, bien que son cousin solaire, importé d&#8217;Occident, serve pour la vie de tous les jours. Le nouvel an lao est en fait une fête très ancienne désignant le début des moissons et seulement récupérée beaucoup plus tard par le bouddhisme, de la même façon que le christianisme a récupéré l&#8217;ancienne fête païenne du solstice d&#8217;hiver pour en faire sa fête la plus importante : Noël.</p>
<p>Le mois d&#8217;avril étant souvent le mois le plus chaud de l&#8217;année, les pluies prochaines et les brises fraiches qui les accompagnent sont attendues avec impatience. Attendues pour la fraicheur qu&#8217;elles apportent. Attendues pour faire enfin descendre l&#8217;épais nuage de poussière qui a recouvert le pays durant les mois de la saison sèche et chaude. Et attendues bien sur pour pouvoir enfin planter le riz.</p>
<p><span id="more-77"></span></p>
<p>En ce mois de juillet, nous sommes donc en plein milieu de la saison des pluies, qui atteindra son paroxysme en août et en septembre pour enfin s&#8217;essouffler rapidement au cours du mois d&#8217;octobre. La fin des pluies laissera la place à la saison sèche et fraiche, sans contredit la plus belle période de l&#8217;année.</p>
<p>Bien qu&#8217;il pleuve à tous les jours, ou presque, il ne pleut que très rarement toute la journée. Il n&#8217;y a que peu de ces « journées de pluies » où les décharges du ciel n&#8217;ont de cessent pendant un jour entier ou trois, comme lors d&#8217;une lourde et grisâtre journée pluvieuse d&#8217;automne québécois. Les averses se succèdent, mais durent rarement plus de quelques minutes, trente au maximum. Pendant ce temps, l&#8217;activité cesse brièvement. Les cyclistes et motocyclistes s&#8217;arrêtent pour trouver refuge sous un gros arbres ou sont accueillis sans problème dans la première maison du bord. Les commerçants de rue couvrent leurs fournitures. La nourriture ou les vêtements qui séchaient au soleil sont ramenés à l&#8217;intérieur. Les poules et les chiens courent se mettre à l&#8217;abri, à l&#8217;exception de Panda, le gros saint-bernard de la famille, qui, équipé physiologiquement pour des climats beaucoup plus froid, devient fou de joie à l&#8217;occasion de cette douche fraiche.</p>
<p>Une fois l&#8217;averse terminée, la vie reprend rapidement son cours. Le vert de tous ces arbres n&#8217;en devient que plus brillant, contrastant avec les chemins brun clair, recouvert de toute cette boue nouvellement imbibée. L&#8217;air n&#8217;en est que plus léger et frais, descendant des montagnes telles des avalanches de neige invisible, contrastant avec la lourde chaleur qui précédait. Une lourde chaleur, qui revient que bien trop rapidement envelopper la ville, transformant l&#8217;eau nouvellement accumulée en un mur d&#8217;humidité montante.</p>
<p>Les orages c&#8217;est autre chose.</p>
<p>Comme dans l&#8217;histoire des trois petits cochons, il y a trois types de maisons au Laos. Pour les plus riches, des maisons de briques avec un toit de tôle ondulée ou bien de fibre de verre. Peu importe la force de l&#8217;orage, le danger est non-existant et l&#8217;entre-toit permet un minimum d&#8217;isolation sonore contre le martellement de la pluie.</p>
<p>Puis, vient le modèle intermédiaire très simple en bois avec toit de tôle ondulée. Pas d&#8217;entre-toit cette fois. Les fuites d&#8217;eau sont monnaie courante et bien que les dangers de dommages sur la maison sont faibles, le martellement sur la tôle rend futile toute tentative de s&#8217;endormir. Lorsqu&#8217;une longue journée au champs ou dans la jungle vous attend le lendemain, c&#8217;est une nuit de sommeil qui aurait été la bienvenue.</p>
<p>Finalement la demeure de la majorité de la population rurale du Laos : les petites cases sur pilotis de bois, fait de treillis de bambou et à toit de chaume. Elles résistent assez bien aux brèves averses avec leurs épais toits de fines lanières végétales séchées, qui peuvent aspirer une grande quantité d&#8217;eau. Mais lors d&#8217;orages, il faut accepter de patauger dans l&#8217;eau pendant un certain temps. Ça c&#8217;est si on est chanceux. Sinon, les vents violents risquent de faire des dommages sérieux, facilement réparable, mais tout de même extrêmement désagréables.</p>
<p>C&#8217;est ces orages qui rendent la saison des pluies des plus déplaisante. Au moins, le Laos est avantagé par son caractère insulaire et n&#8217;a pas à subir les violents typhons et les ouragans qui frappent ses voisins. Il ne reste plus qu&#8217;à attendre la fin de la mousson et profiter de l&#8217;air frais qu&#8217;apporte les averses. Lorsque sera arrivée la saison sèche et chaude en mars, tout le monde attendra impatiemment le retour des pluies. Et le cycle continu&#8230;</p>
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		<title>Ma belle belle-famille</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jul 2008 10:16:44 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
				<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Laos]]></category>
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		<description><![CDATA[Je crois bien qu&#8217;il est temps que j&#8217;introduise la famille qui m&#8217;a accueilli ici à Sainyabouli et qui m&#8217;a en quelque sort adopté. Une très grande famille je dois dire. Ven est la neuvième de douze enfants. Elle a deux frères et neuf sœurs, en plus d&#8217;un nombre très important de nièces et de neveux [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=74&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Je crois bien qu&#8217;il est temps que j&#8217;introduise la famille qui m&#8217;a accueilli ici à Sainyabouli et qui m&#8217;a en quelque sort adopté. Une très grande famille je dois dire. Ven est la neuvième de douze enfants. Elle a deux frères et neuf sœurs, en plus d&#8217;un nombre très important de nièces et de neveux et de quelques petites-nièces et petits-neveux. Et là, je ne m&#8217;aventurerai même pas dans les cousins, cousines, oncles et tantes. Une famille telle il y en avait il y avait une génération ou deux au Québec.</p>
<p>Malgré leurs origines modestes, mes beaux-parents, avec leurs premiers enfants, avaient réussi à se construire une existence plutôt prospère. Prospère du moins pour ce qui était possiblement le pays le plus pauvre et le moins développé de la planète à l&#8217;époque. Pas un seul chemin de fer, presque pas de route digne de ce nom, presque aucun moyen de communications entre les villes. Une large bande de territoire lassée à l&#8217;abandon par les Français, parsemée d&#8217;agriculteurs de subsistance et de cultivateurs d&#8217;opium, dont plusieurs ne savaient même pas qu&#8217;il existait quelque chose qui s&#8217;appelait le Laos, mais seulement qu&#8217;il y avait un roi à quelque part qui veillait sur eux. Mes beaux-parents, faisant partie de la classe semi-urbanisée, étaient tout de même plus éclairés et avisés que ça. Mon beau-père était un soldat dans l&#8217;Armée royale lao et il parlait autrefois bien français. Ainsi, bien qu&#8217;ils ne vivaient en rien dans le luxe de l&#8217;aristocratie de Luang Prabang, Vientiane ou Paksé, d&#8217;après ce que l&#8217;on m&#8217;a raconté, ils avaient assez de quoi bien vivre et étaient en fait l&#8217;une des familles les plus riches de la ville. Aussi, Sainyabouli était loin de la guerre civile, qui faisait essentiellement rage dans le centre, le sud et le nord-est du pays, et n&#8217;en ressentait pas tellement les remous et les secousses.</p>
<p><span id="more-74"></span></p>
<p>Par contre, pour la classe semi-urbanisée, nul n&#8217;était à l&#8217;abri de l&#8217;inflation galopante, causée à la fois par la guerre et par l&#8217;entrée massive de capitaux américains dans un pays sous-sous-sous-développé n&#8217;ayant pas les structures économiques pour les soutenir et les absorber. En 1975, les communistes héritaient du pouvoir d&#8217;un pays dont l&#8217;économie s&#8217;était complètement écroulée, ravagé par près de 30 ans de conflits internes et 9 ans d&#8217;intense et cruelle guerre civile. Ce fut une remise à zéro totale. La famille était ruiné, mais tout le monde étaient ruinés. Comme tout ceux vivant près de la Thaïlande, mes beau-parents ont pensé à fuir, comme l&#8217;on fait 10% de la population entre 1975 et 1979. Mais ils sont restés. Heureusement, mon beau-père n&#8217;était pas un officier assez haut placé pour que l&#8217;on considère nécessaire de l&#8217;envoyer dans les camps de « rééducation » et de travaux forcés. En 1979, dans un élan de pragmatisme du régime, la majorité des politique socialistes, comme la collectivisation des terres, ont été abandonnées et plusieurs restrictions, sur la circulation interne, la pratique de la religion ou la possibilité de vendre ses surplus sur le marché libre, ont été levées.</p>
<p>Les années qui ont suivi ont été très difficiles. Le Laos était un pays complètement coupé du reste du monde et était réduit à une quasi-colonie vietnamienne. Les frontières avec la Thaïlande, qui, avec les Étais-Unis, avait appuyé les royalistes dans la guerre civile, et avec la Chine, qui était entré en guerre contre le Vietnam en 1979, étaient fermées et étanches à tout échange. Sainyabouli était une province isolée du centre d&#8217;un pays lui-même isolé. En 1984 et encore un fois en 1987, des violents conflits frontaliers entre le Laos et la Thaïlande ont secoué la province. Mais voilà que dès 1988, les relations entre les deux voisins s&#8217;améliorent. Pour les habitants de Sainyabouli, c&#8217;est une véritable bouffée d&#8217;air frais, sans compter d&#8217;opportunités économiques.</p>
<p>Pour ma belle-famille, ce sera le bois. Les bois tropicaux précieux valent une véritable petite fortune. Autrefois isolée de reste du pays par le fleuve Mékong, la province est maintenant favorisée par sa proximité avec la Thaïlande. Ainsi, plusieurs membres de la famille se sont investis dans différents créneaux de l&#8217;industrie forestière, qui est ici en pleine vitalité et toujours en croissance, contrairement à celle du Québec. Le Laos étant un pays enclavé, c&#8217;est via la Thaïlande que ses ressources naturelles peuvent accéder aux marchés mondiaux et ainsi son bois précieux se retrouver dans les palais de princes arabes du Golfe ou ailleurs.</p>
<p>Aujourd&#8217;hui, ma belle-famille appartient pas mal à l&#8217;élite de Sainyabouli. Pas tellement pour des raisons de politique, car aucun membre de la famille rapprochée ne fait partie du Parti révolutionnaire populaire lao ou n&#8217;a un poste important au gouvernement provincial. Bien que l&#8217;actuel Gouverneur de la province soit le cousin de mon beau-père et qu&#8217;une nièce à Ven soit mariée au fils du Vice-gouverneur, c&#8217;est surtout par son excellente réputation que la famille a tissé ses liens à travers la société locale.</p>
<p>Avec l&#8217;abandon de la rhétorique révolutionnaire et les discours de solidarité internationale prolétaire, l&#8217;écroulement du modèle socialiste du Laos n&#8217;a laissé intact que les tissus de la société traditionnelle, qui ne somnolaient pas très loin sous le verni du communisme. La famille est redevenue la base sociale par excellence. Pas la famille atomique du modèle idéal nord-américain : deux parents et un à trois enfants. Ni la famille occidentale désarticulée contemporaine. Mais la famille étendue. La famille en tant que large réseau qui dicte les comportements et les orientations de tous ces membres et qui étend son influence sur la communauté en tissant ses liens avec les autres familles, telles des alliances tribales. Mais c&#8217;est aussi la famille dans son interprétation clanique, certains diront mafieuse, dont la résurgence explique en partie l&#8217;extrême niveau de corruption et l&#8217;absence d&#8217;état de droit dont souffre aujourd&#8217;hui le Laos. On ne peut rien refuser à la famille, peut importe ce que dicte les règles et les lois. Et on ne peut rien accomplir si on n&#8217;a pas de la famille dans tel ou tel bureau administratif. La seule raison pour laquelle je peux habiter sans problème dans ma maison avec ma femme, sans que notre mariage soit encore officiellement reconnue au Laos, c&#8217;est à cause de ma famille. La seule raison pour laquelle la police ne me pose aucun problème et me laisse tranquille, c&#8217;est à cause de ma famille.</p>
<p>Cette grande famille, je l&#8217;adore. Cette proximité filiale, cette entraide, cette générosité, cet amour. Il n&#8217;y a pas un jour où tous se ressemblent pour discuter et profiter de la présence des autres. L&#8217;intimité et la solitude sont quasi-inconnues. À l&#8217;exception d&#8217;un frère qui habite au Japon depuis trois ans, d&#8217;une sœur qui habite à Huay Xay, dans une province un peu au nord d&#8217;ici, et de deux sœurs qui habitent dans la capitale Vientiane, toute la famille habite ici ensemble à Sainyabouli, toute concentrée dans le même kilomètre carré ou presque. C&#8217;est quelque chose de presque inconcevable au Québec.</p>
<p>Pour ce qui est des grosses familles ici, ce n&#8217;est pas encore terminé. Bien que la grosseur des familles commence un peu à diminuer dans les villes, dans les campagnes, elles sont encore très nombreuses. La croissance démographique du Laos est de 2,344% annuellement, et pour les quelques prochaines années, elle ira encore en augmentant, à mesure que les soins de santé s&#8217;amélioreront et s&#8217;étendront à tout le pays et que la mortalité infantile diminuera. Le Laos en a encore pour au moins deux générations à continuer à avoir de grandes familles, vu que la migration vers les villes est plutôt faible contrairement à bien des pays en développement. Les 6,7 millions d&#8217;habitants d&#8217;aujourd&#8217;hui en deviendront rapidement 15 et 20. Ce qui est tout de même encore loin des 70 millions de la Thaïlande et des 90 millions du Vietnam.</p>
<p>Il ne passe donc pas une journée sans que je ne sois pas invité chez tel ou tel membre de la famille. Que ce soit pour manger, boire quelques bières et chanter au karaoke chez la nièce Thik. Ou à aller jouer au snooker (et boire de la bière) avec le neveu Lo. Ou pratiquer mon lao, qui s&#8217;en vient pas si mal je dois dire, avec divers membres de la famille (avec quelques bières). Ou encore à apprendre quelques nouveaux mots d&#8217;anglais (avec une bière) au beau-frère Si sur ma terrasse derrière la maison. Ou bien encore prendre une marche avec la sœur Toune,  la femme de Si, et son neveu Tony à travers les rues entrecoupant les quelques rizières survivant au cœur de la ville (pas de bière cette fois). Ou bien simplement visiter Mè et Pô (mère et père), mes beaux-parents, qui habitent dans la maison juste à côté. Je glisse un mot de français de temps à autre, question de titiller la mémoire fatiguée de mon beau-père, dont le visage se fend d&#8217;un sourire nostalgique lorsqu&#8217;il se rappelle d&#8217;un mot, qu&#8217;il se met à répéter quelques fois, comme si sa simple prononciation le ramenait pendant quelques instants à une lointaine époque révolue.</p>
<p>Je pourrais continuer pendant encore quelques pages à parler de ma famille lao d&#8217;adoption. Je pourrais énumérer tous ses membres, toutes les activités que l&#8217;on fait. D&#8217;un anniversaire à un mariage, d&#8217;une partie de snooker, à une chanson karaoke de Scorpions chantée tout faux, d&#8217;un repas de poisson au bord de la rivière à un balade de motos en groupe hors de la ville. Ce sera pour de prochains messages. Pour l&#8217;instant, je suis bien trop occupé avec toutes ces activités&#8230; Et puis toutes ces bouteilles de Beer Lao ne se boiront pas toutes seules.</p>
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		<title>&#8220;Ce soir, on va danser&#8221;</title>
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		<pubDate>Sun, 29 Jun 2008 13:25:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Voyage]]></category>

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		<description><![CDATA[Lorsque Ven a prononcé cette phrase, ma première réaction à été un grognement incompréhensible d&#8217;ennui et d&#8217;irritation. Je n&#8217;avais que le goût de rester couché devant mon ordinateur, à lire ou à écrire au son du ronronnement de l&#8217;air climatisé, à l&#8217;abri de l&#8217;air chaud et humide de l&#8217;extérieur. Si j&#8217;étais pour sortir, ce serait [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=matomonde.wordpress.com&blog=317894&post=70&subd=matomonde&ref=&feed=1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Lorsque Ven a prononcé cette phrase, ma première réaction à été un grognement incompréhensible d&#8217;ennui et d&#8217;irritation. Je n&#8217;avais que le goût de rester couché devant mon ordinateur, à lire ou à écrire au son du ronronnement de l&#8217;air climatisé, à l&#8217;abri de l&#8217;air chaud et humide de l&#8217;extérieur. Si j&#8217;étais pour sortir, ce serait pour aller faire une petite ballade de fin de soirée en moto et allé manger un bol de <em>nam van</em> (littéralement liquide sucré) : un mélange de tapioca, de petites nouilles de farine de riz et des morceaux de banane et de cantaloup frais, le tout arrosé d&#8217;un sirop sucré et servi dans du lait de coco. Un vrai délice! En fait, le siège de ma Honda Wave 125 cc est le seul endroit, à part ma chambre, où l&#8217;intense chaleur ne peu pas m&#8217;atteindre. Même à seulement 40 km/h.</p>
<p>Ce n&#8217;est pas comme si je n&#8217;étais jamais allé dans une discothèque au Laos lors de mes précédents voyages en Asie du sud-est. Non seulement j&#8217;avais déjà expérimenté les trappes à sueurs cacophoniques de Sainyabouli, mais aussi celles de Luang Prabang, Vang Vieng, Vientiane, sans compter Hanoï au Vietnam et Siem Reap au Cambodge. C&#8217;était une expérience que j&#8217;avais déjà rayé de ma liste des choses à faire en Asie. Même au Québec, je n&#8217;étais presque pas sorti dans les bars durant les trois dernières années passées avec Ven. Mais ce soir là, je finis par me laisser convaincre. Ça faisait déjà deux fois qu&#8217;elle y allait avec des membres de sa famille et que je demeurais à la maison. Allons! Sacrifions-nous pour un soir&#8230;</p>
<p><span id="more-70"></span></p>
<p>Nous partons donc vers 21h30. Nous arrivons à l&#8217;un des quatre ou cinq établissements du genre à Sainyabouli et Ven va vérifier à l&#8217;intérieur si sa famille s&#8217;y trouve. J&#8217;attends donc face à une grande maison à deux étages faite de briques et de ciment, comme il en pousse partout à Sainyabouli. L&#8217;extérieur est décoré d&#8217;espèces de guirlandes de lumières de Noël et peint d&#8217;un orange éclatant. L&#8217;étroit terrain devant la maison servant de stationnement est complètement rempli d&#8217;une soixantaine de motos, sans compter toutes celles dans la rue. C&#8217;est la fin des classes et toutes les discothèque de la ville sont pleines à craquer. À l&#8217;extérieur, des jeunes attendent leurs amis ou discutent à l&#8217;abri du vacarme, tandis que plusieurs gars éparpillés dans les terrains des environs, ne voulant pas faire la file à l&#8217;intérieur du bar, sont occupés à <em>nging katai</em> (fusiller le lapin), une expression lao signifiant se soulager dans les buissons.</p>
<p>Ven ressort et me fait signe de la rejoindre à la porte. Je paie le frais de stationnement de ma moto, m&#8217;assure de bien ranger le billet d&#8217;identification dans une poche à fermeture éclair, et je m&#8217;aventure à l&#8217;intérieur. Comme je le redoutais, je frappe immédiatement un mur. Ce n&#8217;est pas tellement la musique trop forte qui nous assailles, mais la chaleur&#8230; et l&#8217;humidité. Il fait plus chaud à l&#8217;intérieur, qu&#8217;à l&#8217;extérieur. L&#8217;air conditionné a beau fonctionner à plein régime, c&#8217;est peine perdue. Il y a si peu de ventilation, que des gouttelettes de condensation tombent régulièrement du plafond. Dans n&#8217;importe quel pays industrialisé, un tel établissement serait contraint de fermer avant même d&#8217;avoir ouvert ses portes. Mais ici, tous le monde s&#8217;en fou. Le divertissement est ici à son expression la plus primaire. Les considérations de sécurité, d&#8217;hygiène ou de confort sont dissipées pour laisser la place à la seule chose qui compte : avoir du « fun » et oublier ainsi ses problèmes. Au moins, avec autant d&#8217;humidité, il n&#8217;y a pas la moindre chance que la place ne prenne en feu.</p>
<p>À l&#8217;entrée de la pièce principale, ayant près d&#8217;une tête de plus que la plupart du monde, j&#8217;ai une bonne vue d&#8217;ensemble de l&#8217;endroit. Une pièce de 15 mètres par 30 avec des tables de bois, ressemblant à de vieux pupitres d&#8217;école et des chaises de plastique. Une petite piste de danse se trouve au fond avec un petit espace surélevé pour le DJ tout prêt. Moi qui avait toujours eu l&#8217;habitude d&#8217;être un des plus petits&#8230; À l&#8217;école primaire, à toutes les fois où l&#8217;institutrice décidait d&#8217;ordonner les élèves par ordre de grandeur pour rentrer en classe à la file indienne, j&#8217;étais toujours le premier. Ici, bien que n&#8217;étant pas un géant, je suis tout de même plus grand que la moyenne. Je suis aussi un peu surpris de voir que j&#8217;ai bien l&#8217;air d&#8217;être le plus vieux. Ici, les soirées en discothèque sont le plus souvent des sorties en famille, et donc j&#8217;avais l&#8217;habitude de voir des gens de tous les âges, de 12 à 65 ans (personne ne carte à l&#8217;entrée, mais les mineurs ne boivent pas pour autant, étant sous supervision familiale), sans compter les jeunes couples accompagnées de leur poupon de 4 ans. C&#8217;est vraiment étrange de se retrouver sur une piste de danse face à face avec la vielle dame qui nous à vendue une soupe aux nouilles durant la journée. Mais ce soir, ce ne sont que des étudiants, venus fêter la fin de leur année d&#8217;étude.</p>
<p>Je ne suis même pas encore assis à la table que j&#8217;ai déjà un verre de Beer Lao remplis de glace à la main. Les discothèques n&#8217;ayant pas de réfrigérateur assez grand pour toute la bière qui s&#8217;y bois, les bouteilles (640 mL seulement) sont servies à la température de la pièce (bien chaude) accompagnées de petites chaudières de glace. Bien sûr, les chaudières doivent être remplacées toutes les 10 minutes, la glace fondant plus rapidement que de la neige en juin.</p>
<p>La Beer Lao (dont l&#8217;État possède 50% des parts de la Lao Brewery Company) a toujours un quasi-monopole sur le marché du Laos. L&#8217;investissement de Carlsberg du Danemark (qui possède 25% des parts et dont la bière est produite localement par la LBC) a permis à la LBC de devenir l&#8217;une des plus grande compagnie du Laos et une véritable fierté nationale. Carlsberg se prépare aussi à distribuer la Beer Lao partout dans le monde, donc attendez vous à retrouver la meilleure bière d&#8217;Asie sur les tablettes des dépanneurs québécois d&#8217;ici quelques années (on la retrouve déjà dans les épiceries asiatiques de Montréal). Par contre, la Tiger de Singapour, la bière la plus vendue en Asie du sud-est (distribuée dans le monde par Heineken), est lentement en train de faire son chemin à travers le Laos, bien que sa part du marché demeure encore minime.</p>
<p>Une jeune soeur et et quelques nièces à Ven sont autour de la table avec quelques amis. Tous chantent les hits pop thaïlandais par coeur. La culture hip-hop américaine est omniprésente tant dans l&#8217;habillement, que dans la musique. La seule différence est qu&#8217;à chaque fois qu&#8217;un gars s&#8217;approche d&#8217;une fille pour danser comme le font les gens dans les vidéo clips, il se fait rapidement repousser. Ils ont beau avoir entre 18 et 21 ans et sous l&#8217;effet de l&#8217;alcool, lorsqu&#8217;il s&#8217;agit des relations hommes-femmes, on dirait des discos de pré-adolescents. Car dans cette société encore très traditionnelle, aucune fille ne voudrait avoir la réputation d&#8217;être « facile », et pour ce qui est du sexe, c&#8217;est hors de question avant le mariage, où du moins, l&#8217;assurance d&#8217;un mariage dans un avenir proche.</p>
<p>La surveillance policière est très présente, tant à l&#8217;intérieur qu&#8217;à l&#8217;extérieur (ou est-ce de la sécurité privée? Je ne serais dire avec leurs uniformes), tentant de garder un minimum de contrôle sur une génération qui n&#8217;a rien à faire de la ferveur révolutionnaire, du Parti unique ou des limites sur les libertés. Ce n&#8217;est pas tant de la rébellion que c&#8217;est de l&#8217;indifférence totale. Ces jeunes n&#8217;ont simplement pas connus les années les plus difficiles de la guerre civile, ni la gloire révolutionnaire d&#8217;avoir vaincu la super-puissance américaine, ni la décennie de répression durant laquelle 10% de la population a fuit le pays. Ils sont d&#8217;une nouvelle génération qui a grandi baigné dans l&#8217;influence du capitalisme le plus crasse de la Thaïlande et les États-Unis sont désormais une source de fascination et non de haine pour l&#8217;ennemi impérialiste.</p>
<p>D&#8217;un autre côté, il y réellement quelque chose de révolutionnaire, même dans le sens socialiste du terme, dans un tel endroit. À l&#8217;intérieur des murs de cette discothèque, tout le monde est réellement égale. Contrairement à l&#8217;extérieur, où les inégalités sont redevenue encore plus importante qu&#8217;à l&#8217;époque post-indépendance de la monarchie constitutionnelle (1953-1975) et la corruption gouvernementale, presque aussi grave. Sur la piste de danse ce soir là, il se trouvait tant des fils de riches cadres du Parti révolutionnaire populaire lao, que des fils de paysans, qui ont emprunté une moto pour faire plusieurs kilomètres pour venir s&#8217;amuser. Tant des filles de la nouvelle bourgeoisie capitaliste, que des filles de pauvres vendeuses de soupe de coin de rue.</p>
<p>Après quelques bières diluées à la glace, je me met à danser un peu. Mes vêtements sont déjà tellement trempés en raison de la chaleur et de l&#8217;humidité, que lorsque je me fais bousculer et que je renverse la moitié de ma bière sur moi, je me sens à peine plus mouillé que j&#8217;étais. Les Thaïs ont cette manie de remixer des hits populaires américains en augmentant toujours le tempo. Tout est plus rapide. Des tounes rock plus rapide, des tounes hip-hop plus rapide, « My Heart Will Go On » plus rapide. Ce n&#8217;est pas surprenant que les jeunes lao dansent comme s&#8217;ils avaient des attaques d&#8217;épilepsie. Même une chanson R&amp;B supposée être sensuelle avec un rythme plutôt lent, devient une source de spasmes et de convulsions, qui passe pour de la danse.</p>
<p>Finalement vient le temps de partir. Il est un peu passé 23h, mais le couvre-feu de 23h30 approche. Après minuit, les policiers sortent dans les rues et s&#8217;amusent à arrêter quelques motocyclistes  malchanceux pour leur soutirer quelques milliers de kips. Juste question de rappeler à ces jeunes que tout ne leur est pas permis après tout. Le stationnement est déjà à moitié vide et je récupère la moto. Après que j&#8217;aille fusillé le lapin, nous allons manger un traditionnel bol de nam van de fin de soirée. Une soirée qui n&#8217;aura pas été si mal que ça en fin de compte.</p>
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		<title>Suite101 (Car il faut bien commencer à quelque part)</title>
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		<pubDate>Wed, 25 Jun 2008 13:49:33 +0000</pubDate>
		<dc:creator>MaTo</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<div class='snap_preview'><br /><p>Vous avez peut-être remarqué les liens vers mes articles Suite101 dans la colonne de droite. Suite101.com est un site alimenté par près de 800 auteurs professionnels publiant des articles sur tous les sujets possibles. Les auteurs « contributeurs » (comme moi) doivent publier contractuellement 10 articles par 3 mois, tandis que les auteurs « vedettes » doivent en publier 1 par semaine sur un sujet particulier en plus de tenir un blogue sur ce sujet. Les auteurs sont payé par des redevances venant des publicités Google AdSense que génèrent leurs articles.</p>
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