Publié par : MaTo | juin 25, 2008

La Chute du Roi

Comme la majorité des pays en développement le Laos est frappé par des problèmes importants d’inflation (maintenant « stabilisé » autour de 10% par an), de dévaluation sans cesse de sa devise (le kip) et donc une augmentation rapide du coût de la vie, qui vient grandement réduire les biens faits présumés d’une croissance économique autour de 7 ou 8% par année. Laisse des kips pendant trop longtemps dans une banque, et ils ne vaudront plus rien. Dans ce contexte, les gens assez riches pour avoir des économies préfèrent les échanger en bahts thaïlandais ou encore mieux en dollars US. Assurément, partout dans les pays en développement, le US$ est roi. Du moins, c’était encore le cas jusqu’à récemment.

Il y a trois ans, le dollar US s’échangeait à environ 10200 kips, aujourd’hui, il ne s’échange que contre 8600. Considérant que le kip lui-même se dévalue assez rapidement, c’est tout une chute! Il y a trois ans, on pouvait tout acheter avec des billets verts, aujourd’hui, ils sont acceptés avec une grimace d’ennui. Lorsque nous sommes allés acheter nos billets d’avions Vientiane-Luang Prabang, j’ai été stupéfait de voir l’affiche « pay in kip only ». N’ayant que des dollars US, nous avons du accepter le taux ridicule de 8000 kips pour 1 dollar. Dans certains lieux touristiques plus reculés, où il n’y a pas de banques à proximité (comme dans la région des 4000 îles), la toute-puissante devise mondiale n’est plus accepté du tout, car le temps que les commerçants se rendent à la banque pour les échanger (peut-être une fois par mois), leurs précieux billets risquent de valoir beaucoup moins que lorsqu’ils les ont reçus.

C’est un fait qui en dit très long sur la période que nous sommes en train de traverser lorsque la devise de la plus grande puissance économique de tous les temps n’est même plus universellement accepté dans un pays comme le Laos. L’hégémonie du dollar, qui repose essentiellement sur la suprématie militaire de ce tigre de papier, de cet empire de châteaux de sable que sont devenus les États-Unis, est sur le point de s’effondre. « The writing is on the wall », à la vue de tous, même si parfois il faut reculer un peu (jusqu’au Laos), pour en avoir une meilleur lecture.


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