Publié par : MaTo | mai 9, 2007

À la croisée des chemins : Un portrait du Laos en 2007

Ce texte a été écrit dans le cadre d’un cours d’anthropologie (Anthropologie de l’Asie du Sud-Est) à l’hiver 2007. C’est un travail d’équipe réalisé avec Cindy Lapierre et Mélina Martins.

Petit pays insulaire d’Asie du Sud-Est continentale de moins de six millions d’habitants, le Laos est particulièrement méconnu. Entouré de géants, tels la Thaïlande, le Vietnam et la Chine, il passe plutôt inaperçu. Le territoire, connu aujourd’hui comme le Laos, a été annexé à l’Indochine française en 1893 et a obtenu officiellement son indépendance plus d’un demi siècle plus tard, en 1953, sous un régime de monarchie constitutionnelle.

Le Laos est rapidement devenu un territoire de compétition et d’hostilité durant la seconde guerre d’Indochine, faisant sombrer le pays dans l’instabilité politique, puis dans une guerre civile entre le gouvernement royaliste et les milices communistes du Pathet Lao.1

Finalement, en décembre 1975, deux ans après le désengagement américain en Indochine et seulement quelques mois après la prise de Saïgon par les troupes Nord-Vietnamiennes et celle de Phnom Penh par les Khmers Rouges, le Pathet Lao prend le contrôle de Vientiane, la capitale du Laos, abolit la monarchie et proclame la création de la République Démocratique Populaire Lao (RDP Lao). Au milieu des années 80, suivant l’exemple de la Chine et du Vietnam, le nouveau régime, sous l’autorité de Kaysone Phomvihane, entreprend une série de réformes économiques et une ouverture progressive du pays sur le reste du monde, favorisées par l’adhésion du Laos à l’ASEAN(2) en 1997.3

Le portrait de la situation actuelle

La démographie

Avec une population d’environ 5,9 millions d’habitants établis sur un territoire avoisinant les 236 800 km², le Laos possède une densité de population de 25 habitants au km².4 Ce faible peuplement du territoire lao représente un véritable creux démographique, qui prend une signification accrue lorsque comparé à ses deux voisins plus largement peuplés que sont la Thaïlande et le Vietnam. Toutefois, «la faible densité de ce peuplement est inversement proportionnelle à sa complexité, au moins équivalente sinon supérieure à celle de ces pays voisins.»5 Ayant été modifiée en 1981, puis réajustée en 2000 par les autorités lao, la composition ethnique qui était autrefois de 68 groupes ethniques, puis de 47 et finalement de 49 est une préoccupation importante pour le pays. Ces différentes ethnies sont généralement regroupées en trois grands groupes, qui différencient les Lao des groupes montagnards. Appartenant au groupe tai des langues tai-kadai, on retrouve tout d’abord les Lao loum (Lao du bas), représentant environ 55% de la population. Le deuxième groupe, appartenant à la famille austro-asiatique de langue môn-khmère, est celui des Lao theun (Lao des versants). Il rassemble 35 groupes ethniques et forme environ 27% de la population. Le dernier groupe, de langue hmong-mien, est celui des Lao soung (Lao des sommets) et compte pour 18%.6 Notons également une minorité chinoise et vietnamienne qui représente 1% de la population.

Le Laos est un pays largement agricole; les activités liées à l’agriculture occupent les trois quarts de la population active. À cet égard, le clivage entre la population urbaine et rurale du Laos demeure largement significatif (21,2% de la population en ville versus 78,8% dans les campagnes). La coupure semble d’ailleurs claire entre le «Bas-Laos» et le «Haut-Laos», alors que la région peu peuplée des hautes terres, contrairement à celle des basses terres, se voit très mal desservie par les infrastructures de communication. Cela pourrait peut-être expliquer en partie l’impopularité de la migration en ville, phénomène que l’on observe fréquemment dans d’autres villes d’Asie du Sud-Est, telles que Bangkok.

L’éducation

Le système scolaire laotien a été, sous le protectorat français, influencé par la colonisation : la langue française a été enseignée comme langue véhiculaire, et la langue lao a été délaissée.  Toutefois, en 1975, l’enseignement du français est devenu facultatif dans les écoles, et l’apprentissage de l’anglais a été de plus en plus valorisé.  Mais, la France, qui continue toujours de subventionner le pays, désire que l’enseignement de sa langue soit encore présente dans le plus d’établissements possibles. 

De nos jours, l’enseignement se fait en lao, langue officielle du pays, et le système ne permet pas qu’il soit offert dans une langue autre, le français demeurant toutefois utilisé par les minorités nationales.  La non-reconnaissance des autres langues est d’ailleurs problématique, car le lao était la langue maternelle, en 2002, d’uniquement 58,1% de la population.7
De plus, le financement de l’éducation par l’État n’est pas suffisant selon L’État du monde 2007(8) qui précise que les dépenses publiques en éducation représentent 2,4% du PIB.  Ce sous-financement explique que les écoles ne jouissent que de très peu de ressources matérielles, lesquelles sont souvent offertes par diverses organisations.  La situation dans les régions plus éloignées est plus difficile que celle dans les villes, car l’accès au lieu d’enseignement est un problème pour plusieurs ethnies qui vivent en montagne.  Comme les langues autres que le lao, telles le thaï et le hmong, ne sont pas enseignées dans les établissements scolaires, la culture des ethnies n’est pas valorisée.  En effet, plusieurs jeunes qui n’habitent pas en ville ne fréquentent pas ou très peu l’école    La population analphabète, qui représentait 95% de la population juste avant la deuxième guerre mondiale, a considérablement diminué depuis.  Malgré cette diminution, l’analphabétisme demeure de 23,0% chez les hommes et de 39,1% chez les femmes, tandis qu’il oscille entre 5% et 10% chez les voisins les plus proches, par exemple au Vietnam et en Thaïlande.9

La religion et la culture

La religion officielle du Laos est le bouddhisme et elle est pratiquée selon la tradition theravâda par environ 58 % de la population du pays.10  Comme ces bouddhistes croient en l’existence de vies antérieures, la situation de chaque être est vue comme étant méritée, ce qui signifie que le pauvre mérite ses conditions de vie tout comme le riche.  Cette religion ne motive donc pas un désir politique de changement, elle propose plutôt l’acceptation de son sort.  De plus, il faut noter que les dépenses rituelles sont importantes et qu’elles sont considérées par la population.  Le citoyen, qu’il soit riche ou pauvre, doit présenter des offrandes aux moines qui vivent de la charité des autres et qui tentent de se détacher complètement du monde matériel. 

D’autre part, depuis 1975, la religion est étroitement liée au gouvernement par l’encadrement, entre autres, des moines bouddhistes par le ministère laotien de l’intérieur.  «Le  FLCN [Le Front lao pour la construction nationale] exige que les moines étudient le marxisme-léninisme, envoient des rapports hebdomadaires au ministre de l’intérieur, obéissent aux directives du Parti de l’État et enseignent un « bouddhisme revu et corrigé » par le Front lao pour la construction nationale. »11 Toutes ces restrictions donnent plus de pouvoir au politique, car, depuis 1975, le gouvernement communiste fait supporter quelques-unes de ses visions à la religion bouddhiste pour que le peuple les accepte mieux.

L’animisme est également une religion importante dans cette région du monde. En fait, elle est la principale influence de toutes les religions de l’Asie du Sud-Est.12  Au Laos, environ 40 % des gens pratiquent une religion autre que le bouddhisme, de ce pourcentage, 33,6 % pratiquent des religions traditionnelles.13  Plusieurs manifestations religieuses présentent un syncrétisme qui lie des éléments bouddhistes à des principes animistes.  Entre autres, lors du Pi Mai Lao, c’est-à-dire le nouvel an lao, les moines sont plutôt figurants qu’acteurs.14  Malgré certaines apparences, cette tradition païenne n’est pas inspirée de la religion bouddhiste, cette dernière étant arrivée sur le continent plus tardivement.  Ainsi, même si le bouddhisme varie considérablement en Asie du Sud-Est, la trame animiste reste assez semblable partout dans la région.  Finalement, les chrétiens et les musulmans, représentant pour leur part respectivement 1,8 % et 1 % de la population, font face à plusieurs difficultés dans la pratique de leur religion.15

Pour ce qui est de l’art, il puise essentiellement ses sources dans la religion, et presque toutes les pratiques artistiques sont ritualisées ou sont composées d’éléments religieux.  L’architecture des temples, les sculptures du Bouddha et les danses traditionnelles sont tous des éléments qui lient art et religion.  

Le régime politique

La RDP Lao est une république socialiste à parti unique largement basée sur le modèle vietnamien. Le Parti révolutionnaire populaire lao (PRPL) est le seul parti légal pouvant être représenté à l’Assemblée nationale, le parlement monocaméral de 115 membres élus au suffrage universel à tous les cinq ans.16 Le Président est chef de l’État et, depuis l’adoption de la constitution de 1991, il partage également l’exécutif avec un Premier ministre (un peu sur le modèle semi-présidentiel français). Le Président et le Vice-président sont élus par l’Assemblée nationale pour un mandat de cinq ans. Le Premier ministre et le cabinet des ministres sont sélectionnés par le Président et élus par l’Assemblée nationale.

Cependant, dans ce contexte de régime socialiste autoritaire et centralisé, ces institutions étatiques sont totalement intégrées à la structure du parti unique. C’est donc le Comité central du PRPL qui décide réellement des orientations politiques, économiques et sociales du pays et qui élit les onze membres du Politburo, aux mains duquel se trouve concentré le véritable pouvoir politique. Ainsi, le Président de la RDP Lao détient son pouvoir du fait qu’il est aussi le Leader du parti, et non de son titre officiel.17 De même, le Premier ministre, les ministres les plus importants et autres personnages dominants (chefs des différentes branches de l’armée, maire de Vientiane) sont généralement des membres du Politburo.

Il est intéressant de noter que depuis la mort de Kaysone en 1992, l’armée s’est imposée de plus en plus dans les structures du PRPL. Aujourd’hui, la majorité des membres du Politburo sont des officiers actifs ou retraités de l’Armée populaire lao. Tant l’actuel Président, Choummaly Sayasone, que son prédécesseur, Khamtai Siphandone, ont occupé antérieurement les postes de Ministre de la défense et de Commandant en chef de l’armée. Il est donc possible d’avancer que les institutions étatiques d’inspiration démocratique sont une façade au pouvoir absolu du parti, de la même façon que ce parti d’idéologie marxiste-léniniste est une façade à une sorte de junte militaire plutôt capitaliste.18

Les relations internationales

En tant que membre de l’ASEAN, le Laos entretient de bonnes relations diplomatiques avec la plupart des autres pays membres. Vientiane est particulièrement proche de Hanoï, à laquelle elle est liée par un traité d’amitié et de coopération depuis 1977 et dont l’influence politique et idéologique est encore très présente. Par contre, c’est surtout à travers la Thaïlande que le Laos s’ouvre sur le monde. Bien que les deux pays, aux cultures et aux langues très similaires, aient eu des rapports tumultueux dans le passé, notamment avec deux conflits frontaliers violents en 1984 et 1987, ils se sont rapprochés depuis la construction, en 1994, du « Pont de l’amitié » sur le fleuve Mékong, lequel sépare les deux pays.

Malgré son importance démographique et économique mineure, le Laos à su équilibrer l’influence économique et culturelle de la Thaïlande par sa « relation spéciale » avec le Vietnam, l’influence politique du Vietnam par une amélioration de ses relations avec la Chine, et, finalement, l’influence du géant chinois par un rapprochement avec l’Inde et le Japon.

Après l’indépendance du Laos, les États-Unis avaient remplacé la France comme principale source de support au gouvernement royaliste contre le Pathet Lao. Après la prise du pouvoir par les communistes, les relations du Laos avec les États-Unis se sont détériorées, mais elles n’ont cependant jamais été complètement coupées.19 Aujourd’hui, les relations entre le Laos et les États-Unis ont repris de l’ampleur, particulièrement en raison d’une diaspora laotienne significative.20

Les principaux pays donateurs du Laos sont l’Australie, le Japon, l’Allemagne, la France, la Suède et les États-Unis. La France continue d’exercer une influence importante sur son ancienne colonie, notamment à travers l’Organisation mondiale de la Francophonie.

Les droits humains et la liberté d’expression et de la presse

La situation des droits humains demeure mauvaise à plusieurs niveaux. En plus de ne pas être en mesure de changer leur gouvernement, les citoyens laotiens sont sujets à des détentions arbitraires, à un système judiciaire corrompu et influençable, et à des conditions de détention inadéquates. Bien que la torture soit interdite par la loi, plusieurs rapports font mention de son usage, surtout chez les dissidents et les insurgés.21 Quelques prisonniers politiques sont toujours en détention et les membres des minorités religieuses (surtout chrétiennes) sont parfois entravés dans la pratique de leur foi. Depuis 2002, le trafic de drogue est passible de la peine de mort. À cet égard, même si plusieurs sentences de peines capitales ont été prononcées, aucune exécution n’a été rapportée depuis plus d’une décennie.22 Bien que le ministère de la Sécurité publique conserve son rôle de surveillance, et que le système de délateurs officiels existe toujours, la plupart des efforts pour policer et contrôler les activités des citoyens ont été abandonnés.

La question des rebelles hmongs est probablement celle qui soulève le plus de critiques de l’étranger. Durant la guerre civile, plusieurs Hmongs ont été recrutés par la CIA pour faire partie d’une « armée secrète » dans le but de combattre le Pathet Lao. En 1975, des milliers de Hmongs ont été envoyés dans des camps de rééducation et des milliers d’autres ont fui en Thaïlande et aux États-Unis. L’armée laotienne a été accusée de vouloir systématiquement éliminer tous les insurgés, principalement en assiégeant, en affamant les villages et en pourchassant des groupes isolés. Pour contrer les accusations de génocide, le gouvernement a annoncé un programme d’amnistie qui promet une assistance à tout insurgé qui remettrait ses armes, mais cette initiative a eu un succès mitigé.23

Finalement, la liberté de la presse est très limitée. Aucune presse indépendante n’existe et les journalistes doivent être accrédités par le ministère de l’Information et de la Culture. Les journalistes étrangers sont surveillés et ont de la difficulté à faire leur travail. Des peines d’emprisonnement sont possibles pour « diffuser de l’information qui affaiblit l’État » ou pour importer des « publications contraire à la culture nationale ». De plus, il est interdit de critiquer les « pays amis » : Vietnam et Myanmar (Birmanie).24

Par contre, les quotidiens Vientiane Times (anglophone) et Le Rénovateur (francophone) se permettent de plus en plus de présenter les problèmes socio-économiques du Laos.25 Il y a également une multiplication des magazines culturels qui traitent de certains sujets sociaux dont il était impossible de parler il y a quelques années. De plus, la télévision satellite thaïlandaise est grandement accessible et la presse thaïlandaise (surtout des publications anglophones lues par les étrangers) est présente dans les principales villes, offrant une alternative à l’information gouvernementale. L’Internet est pour sa part répandu dans presque toutes les capitales provinciales, bien que modérément censuré.

Les événements marquants depuis 2000

Alors que la presse laotienne est en lien direct avec le gouvernement et le Parti unique, certains affirmant même qu’elle en est un porte-parole, la presse internationale, pour sa part, ne parle que très rarement du Laos, ce qui lui donne souvent le surnom de « Pays oublié». Toutefois, à partir de mars 2000 jusqu’en janvier 2001, une mystérieuse campagne d’attentats à la bombe faisant une soixantaine de blessés a secoué le pays et a en quelque sorte invalidé ce surnom en faisant connaître le Laos dans la presse internationale. Bien que cette série d’explosions n’ait été revendiquée par personne, et qu’aucune accusation sérieuse n’ait été portée, il n’en demeure pas moins qu’elle témoigne d’un mécontentement évident chez une partie de la population. C’est d’ailleurs à ce moment que la situation politique du Laos est devenue instable. En juillet 2000, une attaque armée contre les services laotiens d’immigration et des douanes dans la région de Champassak, orchestrée par un groupe d’opposition au gouvernement laotien, cause la mort de six membres du groupe lors de l’offensive. Seize ressortissants laotiens sont finalement renvoyés dans leur pays d’origine depuis la Thaïlande. Leur état de santé et la manière dont ils sont traités par les autorités laotiennes suscitent dès lors de sérieuses inquiétudes. En 2003, une autre série d’attaques et d’attentats est perpétrée dans le pays, dont une en février qui cause la mort de 12 personnes (dont 2 Européens) lors de l’attaque d’un autobus au nord de Vientiane. Plusieurs autres attentats sont signalés au printemps 2004 à Savannakhet et à Vientiane, et les médias internationaux font état d’autres actions similaires faisant plusieurs morts dans ces deux villes en 2005.

Sur le plan économique, après trois années d’énorme instabilité, le Laos connaît un certain redressement en 2000, mais le pays demeure très fragile et largement dépendant de l’aide étrangère. En avril 2005, la Banque Mondiale approuve la construction du barrage Nam Theun II, un projet controversé de 1,2 milliards $US.26 Toutefois, un nombre considérable de spécialistes doutent de la viabilité économique de ce projet et des centaines de groupes internationaux s’y opposent en raison des nombreux risques, notamment sur le plan environnemental et économique, qu’encourt le pays. De plus, il semble que le projet aurait des impacts négatifs pour des centaines de milliers de villageois laotiens, qui se verraient dans l’obligation d’évacuer  leur village. Par ailleurs, la construction au début de 2006 d’un premier chemin de fer reliant Vientiane à la Thaïlande et l’inauguration du second «Pont de l’amitié» ouvert entre Savannakhet et Mukdahan sont pour leur part deux projets économiques forts mieux accueillis et plus positifs que celui du Nam Theun II.

En ce qui a trait aux relations internationales, la visite du Président chinois Jiang Zeming en novembre 2000, a démontré que le Laos cherchait à diversifier son dialogue politique et ses échanges économiques au niveau international. À cet égard, c’est finalement en novembre 2004 que le Laos est, pour la première fois, l’hôte du sommet de l’ASEAN. À la fin de cette même année, le pays obtient le statut de « Normal Trade Relations »(27) avec les États-Unis. D’autre part, en juillet 2005, en marge d’un sommet réunissant les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN à Vientiane, six pays ont annoncé la signature d’un accord international sur la réduction d’émissions de gaz à effet de serre : le partenariat Asie-Pacifique pour un développement propre et le climat.

Sur la question des minorités religieuses, également appelées minorités ethniques, le Laos a largement fait la manchette, et ce, de façon plutôt négative. En août 2003, lors de la procédure de réexamen du Laos, le rapporteur du comité de vérification de l’ONU lance un cri d’alarme sur la situation particulièrement alarmante des Hmongs : 20 000 d’entres eux vivent cachés dans la jungle.28  Les Hmongs souffrent d’une discrimination sociale et sont victimes d’une politique de déplacement systématique qui contribue à leur extinction. Cette répression, dont sont victimes les Hmongs en raison de leur collaboration militaire aux côtés des États-Unis lors de la seconde Guerre d’Indochine, n’a été mise en lumière qu’au cours des quatre dernières années.  En 2006, des centaines de Hmongs ont fui les persécutions des autorités laotiennes pour se réfugier en Thaïlande. Amnistie Internationale a largement décrié le renvoi de ces Hmongs, reconnus comme réfugiés par le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (UNHCR), par la Thaïlande. Selon l’organisme, ces hommes, femmes et enfants ont été reconnus comme des réfugiés par les Nations Unies et risquent d’être victimes de graves atteintes aux droits humains s’ils sont renvoyés au Laos.  De nombreuses protestations internationales ont également permis d’éviter l’expulsion de ces réfugiés.

L’ouverture du Laos sur le monde : un enjeu majeur pour l’avenir du pays

Avant la prise du pouvoir par les communistes en 1975, le fleuve Mékong était quotidiennement franchi par les peuples de langue lao des deux rives (entre le Laos et le Nord-Est de la Thaïlande) et demeurait une simple frontière fictive que ni l’administration coloniale française ni le faible régime royaliste n’avait la volonté de policer. Puis, ce lien fluvial se transforma, presque du jour au lendemain, en une frontière politique et idéologique servant désormais d’opposition physique aux nouveaux ennemis Laotiens communistes et Thaïlandais capitalistes. Le Laos est ainsi devenu l’un des pays les plus isolés du monde, entretenant uniquement des liens avec le « camarade » Vietnam voisin et la très distante Union Soviétique, de même qu’avec ses alliés communistes.29

Avec la fin de la guerre froide, la normalisation de ses relations avec la Thaïlande et son admission à l’ASEAN, les murs de l’isolation du Laos ont lentement commencé à s’effriter, pour être finalement jetés par terre par les touristes répondant à l’appel de la campagne « Visit Laos Year 1999-2000 ». Le Laos est désormais face à trois types d’ouverture : une physique, une économique, et une autre à l’échelle internationale, qui comportent chacune leur lot de défis.

L’ouverture physique et la construction des autoroutes

L’ouverture du Laos sur le monde est avant tout une ouverture physique. Cette récente ouverture se fait surtout vers la Thaïlande, qui est la porte sur le monde de son petit voisin enclavé. L’ouverture physique du Laos, qui est en train de transformer le petit pays en carrefour régional, se caractérise par la multiplication des postes douaniers internationaux (bientôt au nombre de 12), par l’arrivée massive de touristes étrangers et par la construction de ponts sur le Mékong (aujourd’hui au nombre de trois,  bientôt de quatre).

L’enjeu que signifie l’ouverture physique du Laos se confirme par la place centrale qu’il occupe dans le méga-projet du réseau autoroutier asiatique (Asian Highway [AH] network) coordonné par l’UNESCAP (Commission économique et sociale des Nations Unis pour l’Asie et le Pacifique). Ce réseau de 141 000 kilomètres traversant 32 pays a pour but d’améliorer et de relier les réseaux routiers du continent asiatique.30

En ce qui concerne le Laos, c’est dans ce pays que le nouveau réseau AH est le plus dense, lorsqu’on le compare à ses voisins, à l’exception de la Chine. En effet, avec neuf points d’entrée/sortie et 2298 kilomètres d’autoroute, mais avec une petite superficie et une population faible, le Laos aura une densité de territoire par kilomètre d’autoroute ainsi que de population par kilomètre d’autoroute considérable. Par contre, avec le plus faible nombre de véhicules motorisés par kilomètre d’autoroute de la région, il semble évident que ces fameuses routes ne sont pas réellement construites pour les habitants du Laos, mais qu’elles servent plutôt à relier ses plus gros voisins entre eux, notamment la Chine avec la Thaïlande et le Vietnam avec la Thaïlande.31 Passant d’une isolation presque absolue à une ouverture presque complète sur ses voisins, voilà que le Laos est devenu la pierre angulaire des échanges commerciaux du sud-est asiatique. Puis, avec l’intégration du Laos à la zone de libre-échange de l’ASEAN en 2008 et d’un accord prochain entre l’ASEAN et la Chine, le timing de la construction de ces routes est parfait.

Pour la Chine et le Vietnam, ce passage par le Laos est capital. La croissance des économies de ces deux pays se fait de manière très inégale. En Chine, on observe un développement bien plus lent des provinces intérieures, causant une migration massive vers les provinces de la côte. Pour ces raisons, la Chine investit énormément dans les infrastructures routières du Nord du Laos pour ouvrir ses provinces intérieures à l’Asie du Sud-Est et à ses marchés. Au Vietnam, le Centre stagne contrairement au Nord et au Sud. La solution passe donc par une intégration économique du Centre-Vietnam avec le Nord-Est de la Thaïlande (qui est aussi la région la plus pauvre de ce pays), en passant par le Sud du Laos.

Il y aurait un parallèle historique à faire avec l’ancien royaume lao de Lane Xang fondé en 1354 comme zone de liaison entre l’Empire Mongol de Chine et son vassal, l’Empire Khmer d’Angkor. En apportant une certaine stabilité sur le territoire du Moyen-Mékong (la principale voie de communication de la région), Lane Xang a facilité la progression de l’influence mongole en Asie du Sud-Est. Aujourd’hui, 650 ans plus tard, le Laos, en tant que successeur historique de Lane Xang, a un rôle similaire comme zone de liaison entre les principales puissances de la région.32

Par conséquent, le Laos est confronté à des impacts majeurs aux niveaux politique, économique et social. Une ouverture physique entraîne aussi une ouverture sociale et culturelle. L’augmentation des passages d’étrangers, tant pour le tourisme que pour le commerce, accroît les contacts entre les citoyens du Laos et le monde extérieur. Cette ouverture du Laos sur le monde est une voie vers la modernisation du pays qui peut avoir des conséquences considérables sur la culture lao, pour le mieux ou pour le pire. De plus, après plus de trente ans de fermeture, le Mékong redevient un lien entre des peuples culturellement semblables. Avec la disparition de la dichotomie socialisme/capitalisme, les Lao du Laos et ceux de l’Issan (Nord-Est de la Thaïlande) auront la possibilité d’échanger comme jamais auparavant.33

D’autre part, cette ouverture peut être à la fois une source de renforcement et d’affaiblissement pour le régime fermé et discret au pouvoir. Le régime peut en effet être renforcé par les avantages économiques, qui peuvent contribuer à sauvegarder sa légitimité aux yeux des masses populaires. Cependant, l’introduction de nouvelles idées et la formation d’une classe moyenne née de l’initiative privée entraîneront des revendications civiques et socio-économiques que le régime n’est peut-être pas prêt à accorder, de peur de perdre sa prise sur le pouvoir.

Pourtant, devant les difficultés à enrayer la pauvreté et avec l’objectif du gouvernement de sortir le Laos de la catégorie des pays les plus pauvres et les moins développés d’ici 2020, cette transformation du Laos en carrefour et en zone de liaison et d’échange de l’Asie du Sud-Est continentale peut être une issue pour son développement et un accès à une certaine prospérité.

L’ouverture économique et le barrage Nam Theun II

D’autre part, l’ouverture du Laos passe inévitablement par une amélioration de son économie. À cet égard, l’aménagement du Mékong et de ses nombreux affluents a fait l’objet de nombreux débats et études depuis plusieurs années, et ce, par le biais de maints organismes et comités tels que le Comité du Mékong, fondé en 1957 sous l’égide des Nations Unies. «Majestueux, complexe, hostile»(34) le Mékong arrose six pays sur son passage (Chine, Birmanie, Laos, Thaïlande, Cambodge et Vietnam) et possède un potentiel hydroélectrique fort appréciable.  Bien que les six pays riverains soient tous directement reliés à ces projets à des niveaux différents, le Laos demeure certes l’un des principaux joueurs, possédant à lui seul 71% de la longueur du cours principal et 35% de la contribution au débit du cours principal.35 De par sa configuration naturelle et sa position stratégique, le Laos est, avec la province du Yunnan en Chine, le pays de la région possédant le plus fort potentiel de production hydroélectrique.

À ce jour, plusieurs projets d’envergure de construction de barrages sur les divers affluents du Mékong au Laos sont à l’étude. Le plus important d’entre eux est certainement le projet Nam Theun II, mégaprojet de construction de 1,2 milliards $US qui a reçu en 2005 le soutien financier de la Banque mondiale et qui devrait, à partir de 2009, produire une électricité vendue à 95% à la Thaïlande. Malgré que plusieurs promoteurs en faveur du projet eurent annoncé de futurs bénéfices très importants pour le Laos, il n’en demeure pas moins que la construction du Nam Theun II effraie grandement en raison des nombreuses conséquences désastreuses qu’elle risque d’engendrer, notamment pour l’environnement et pour les populations locales. C’est ce que dénonce haut et fort un grand nombre de coalitions, telles que le Worldwatch Institute, en défaveur du projet controversé qui, depuis 1993, participe activement à tous les débats organisés autour du sujet. Les questions soulevées sont vastes et touchent plusieurs aspects tels que l’impact social du barrage et l’avenir des déplacés, la rationalité économique, la protection de la biodiversité de toute une zone protégée et la gestion des fonds par le gouvernement lao.

Pour la Banque mondiale, les barrages et grandes infrastructures sont souvent une chance de développement. Selon son ancien président, James Wolfensohn, le Laos, un des pays les plus pauvres du monde, n’a que de l’hydroélectricité pour se développer. L’ensemble du projet, dont la construction prendra quatre ans et demi, est géré par un consortium réunissant quatre compagnies (36), dont Électricité de France (EDF), chargée du chantier et de la gestion, qui détient 35% des parts.  L’objectif du projet est de vendre à la Thaïlande, pays connaissant une demande énergétique croissante en regard de son fort développement économique, près d’un millier de mégawatts par an. Les promoteurs estiment que cela devrait générer 220 millions de dollars annuellement à partir de 2010 et ce, pendant vingt-cinq ans, ce qui correspondrait à une augmentation de 60% des recettes d’exportation pour le Laos. Consciente des risques liés à ce projet, le Banque mondiale entend par ailleurs s’assurer que les dividendes de ces exportations d’électricité ne seront pas gaspillés par l’État laotien et que l’opération sera un modèle écologique et social.

Par ailleurs, plus de 153 organismes s’élèvent encore contre le projet Nam Theun II. Selon eux, les impacts environnementaux et sociaux seraient beaucoup trop élevés par rapport aux bénéfices générés par le projet.  Tout d’abord, entre 5000 et 6000 personnes devront être relocalisées pour mener à terme la construction. En effet, dans de tels projets, la prise en compte des intérêts des différents peuples vivant le long des berges de la rivière en question est souvent négligée, et ce, au profit des intérêts financiers des investisseurs.  De plus, le faible taux d’éducation des populations ne leur permet que trop rarement d’apprécier et de comprendre les informations et enjeux fournis par les spécialistes quant aux possibles conséquences de ces projets.  Malheureusement, la valeur des terres allouées aux populations est généralement largement inférieure à celle de leurs terres originales. Ces compensations inappropriées entraînent souvent un appauvrissement accru chez des peuples comptant déjà parmi les plus pauvres du monde.37

D’autre part, on estime qu’environ 13 000 personnes verront leurs activités liées à la pêche et à l’agriculture perturbées. Or, selon la Banque Asiatique de Développement, l’importance de la pêche dans l’alimentation de ces populations est cruciale, car le poisson constitue souvent l’unique source de protéines dans leur diète.  Le projet Nam Theun II pourrait s’avérer désastreux pour la faune aquatique, ce qui se répercuterait par ricochet sur la population, les pêcheurs gagnant leur vie par le biais de cette faune.38 L’antenne thaïlandaise du WWF (World Wildlife Fund ou le Fond mondial pour la vie sauvage) craint de surcroît que le projet ne mette en danger les 200 à 300 éléphants sauvages qui vivent sur le plateau de Nakai, qui doit être partiellement inondé. En outre, plusieurs groupes appréhendent le risque d’un appauvrissement accru de la population ainsi que les risques de corruption et de mauvaise gestion. Sébastien Godinot, du groupe Les Amis de la Terre (une association de protection de l’Homme et de l’environnement),  craint pour sa part que, dans ce contexte opaque et antidémocratique qu’est le Laos, il soit peu probable que les bénéfices reviennent aux populations pauvres. Selon lui, ces bénéfices profiteraient plutôt essentiellement aux élites gouvernementales et aux investisseurs étrangers.39

L’ouverture internationale et la question des Hmongs

L’ouverture du Laos sur le monde est un facteur important dans l’analyse de la question des Hmongs, surtout quand on considère l’image que le pays désire refléter sur la scène internationale.  Comme les médias, les organisations mondiales et les touristes ont de plus en plus accès aux terres éloignées qu’habitent certains Hmongs, l’information en circulation n’est souvent pas biaisée et participe à entacher l’image du Laos.  

La population hmong a été estimée à environ 4 millions d’individus et ce groupe est considéré comme l’une des minorités montagneuses les plus importantes d’Asie du Sud-Est.40  Officiellement, en 1995, les Hmongs étaient 315 000 au Laos et se trouvaient dans toutes les provinces de Bolikhamxai, Xieng Khouang, Houa Phan, et la région spéciale de Xaysomboun.41

Parmi les montagnards du Laos, les Hmongs sont arrivés les derniers du sud de la Chine, c’est-à-dire au XIXe siècle, et ont du s’installer sur les hauts plateaux et les hauts versants du pays.42 La population hmong appartient au groupe ethnolinguistique sino-tibétain ou hmong-mien, selon les linguistes, contrairement à la majorité de la population du Laos qui appartient à la famille thaï-kadai et austro-asiatique.43  Aujourd’hui répartis dans plusieurs pays (Chine, Vietnam, Laos, États-Unis, Thaïlande), les différents groupes hmongs ne sont pas culturellement unifiés étant donné leur éparpillement géographique.

Certains Hmongs ont servi dans les rangs de l’armée de l’Union française pendant la bataille de Dien Bien Phu en 1954 tandis que d’autres s’y sont opposés.44  Quelques uns de ceux vivant dans la région de la Plaine de Jars ont ensuite été militairement associés aux États-Unis et ont combattu contre les communistes pendant la seconde guerre d’Indochine (1954-1975).  Ils ont été associés à la CIA dans le but de contrer le communisme durant la guerre d’Indochine en formant une armée secrète de 35 000 hommes. Depuis ces événements, plusieurs Hmongs ont été persécutés par le gouvernement laotien. 

C’est à partir de 1975 et jusqu’en 1982 qu’environ 400 000 Laotiens, 10 % de la population totale, ont fui le pays en opposition avec le nouveau régime révolutionnaire.  Sur ce nombre, 120 000 Hmongs ont fui principalement en Thaïlande, d’où 85 000 ont choisi de vivre dans des pays occidentaux, tels les États-Unis, la France et le Canada.45  Toutefois, plusieurs Laotiens, quelque 30 000, dont un nombre important de représentants de la minorité hmong, ont été envoyés dans des camps de travail.46  Pendant ces années, la majorité des personnes disparues appartenait à la minorité ethnique des Hmongs. 

En fait, quelques ressortissants hmongs sont perçus par le gouvernement comme des opposants au régime politique et sont victimes d’atteintes importantes à leurs droits humains.  Cette situation est décriée par la communauté internationale, en particulier par la diaspora hmong vivant aux États-Unis.  Ce pays détient d’ailleurs la population hmong la plus importante hors Asie avec deux vagues importantes d’immigration, soit celle de 1990, qui comptait 100 000 personnes, et celle de 2005, constituée de 15 000 personnes en provenance de la Thaïlande.47 

Ainsi, le journal Le Figaro publie en 2005 un article qui rapporte que certains Hmongs n’ont pas accès à l’éducation, à des services de santé et à de la nourriture.48  Toujours dans Le Figaro, le journaliste déclare que ceux-ci, qui habitent le Nord du Laos, vivent cachés dans la jungle et qu’ils ont dû adopter un mode de vie nomade, délaissant l’agriculture pour la cueillette, dans le but d’échapper au gouvernement qui essaie sans cesse de les traquer.49  L’Organisation des Nations Unies (ONU) évaluait pour sa part à 20 000 le nombre de Hmongs qui vivaient en 2003 dans une situation préoccupante, cachés dans la jungle pour échapper à la persécution.

Toutefois, ces rapports ne font pas mention des conditions de vie dont jouit la majorité des Hmongs qui ont, entre autres, accès à un système éducatif adapté à leur langue.50  De plus, certains Hmongs font partie de l’élite du Laos et cinq d’entre eux siègent au Comité central du Parti.

L’ouverture du pays permet de plus en plus aux étrangers faisant partie d’un organisme mondial ou du monde médiatique de poser un regard extérieur qui est considéré par la majorité, car ce discours est accessible et simplifié.  Plusieurs événements violents, lors desquels la minorité Hmong a été victime de persécution, ont été dénoncés par la communauté internationale.  Plusieurs journalistes et organisations mondiales ont publié ces faits pour en informer la population internationale.  Par exemple, en 2004, Amnesty Interational a affirmé que l’attaque par 40 soldats laotiens de cinq jeunes Hmongs « viole les principes les plus fondamentaux du droit international relatif aux droits humains et du droit international humanitaire. »51 Ces gestes violents ont été qualifiés de crimes de guerre. Les autorités laotiennes devront maintenant passer devant la justice pour punir les responsables qui ont commis ces actes, et ce, dans le but de conserver une bonne image au niveau international. 

Toutefois, l’information sur les incidents ponctuels, rendue accessible par les médias, ne fait aucune mention des Hmongs qui vivent totalement intégrés à la population.  Le discours des journalistes et celui des organismes internationaux proposent un regard extérieur et sans nuance qui est diffusé dans le monde entier, surtout en Occident.  À long terme, ce regard extérieur pourrait nuire aux Hmongs, car il projette une vision fausse d’eux-mêmes, une vision qui ne vient pas d’eux, qui leur est extérieure. 

L’ouverture de nouvelles routes permet aussi aux touristes qui cherchent l’exotisme de se diriger vers des régions plus éloignées.  Par exemple, les Montagnards du Nord de la Thaïlande, pouvant être considérés comme un modèle pour l’avenir des montagnards d’Asie du Sud-Est (en considérant toutefois que la proportion des minorités ethniques est largement inférieure en Thaïlande qu’au Laos), peut contribuer à refléter quelques enjeux  à long terme.  Ainsi, en Thaïlande, des circuits de trekking sont créés pour répondre à une demande, ce qui provoque des nouveaux genres de contact que les montagnards doivent gérer et qui créent, pour ceux-ci, une perception de soi plus ambiguë.52 En définitive, l’enjeu que représente la minorité hmong pour le Laos est important, car il influence grandement, et ce, de façon négative, l’image du pays sur la scène internationale. 

Le Laos se trouve donc à la croisée des chemins face à trois ouvertures de types différents, soit une physique, une économique, et une autre à l’échelle internationale, lesquelles nécessiteront, dans un avenir rapproché, des ajustements et des changements au sein de l’organisation du pays.  Dans les années qui viennent, avec l’expansion de l’industrie du tourisme, la préoccupation grandissante de l’enjeu environnemental et le virage asiatique vers le capitalisme, il sera important pour le Laos de faire les bons choix pour que l’ouverture du pays soit un élément positif qui profite à son développement.

Notes de fin

1 Pathet Lao, signifiant « pays lao », est le terme communément utilisé pour désigner le mouvement communiste du « Gouvernement de la résistance du pays lao », ainsi que sa branche politique officielle à Vientiane avant 1975 : le Front patriotique lao (Neo Lao Hak Xat).
2 L’Association des nations de l’Asie du Sud-Est, mieux connue sous son acronyme anglophone (ASEAN), comprend le Bruneï, le Cambodge, l’Indonésie, le Laos, la Malaisie, le Myanmar (Birmanie), les Philippines, Singapour, la Thaïlande et le Vietnam. Le Timor oriental devrait joindre l’organisation d’ici 2011.
3 Pour un court résumé des faits importants de l’histoire du Laos, voir Annexe 1 : Chronologie de l’histoire du Laos.
4 Voir Bertrend Badie et Béatrice Didiot, L’État du Monde 2007, Annuaire économique géopolitique mondial, 2007, page 390.
5 Voir Rodolphe De Koninck, L’Asie Du Sud-Est, 2005, page 278.
6 Ibid.
7 Voir «Laos » dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 2006.
8 Voir Bertrend Badie et Béatrice Didiot, L’État du Monde 2007, Annuaire économique géopolitique mondial, 2007, page 390.
9 Ibid., page 391.
10 Voir «Laos » dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 2006.
11 Voir World Fact Book 2004 (May 2004).
12 Voir Keat Gin Ooi, Southeast Asia: A Historical Encyclopedia, from Angkor Wat to Timor, page 1134.
13 Voir World Fact Book 2004 (May 2004).
14 Voir le film, Pi Mai lao : Le Mythe Éternel, de J.-M. Le Saux et P. Livermore, 1999.
15 Voir «Laos » dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 2006.
16 Un nombre de 115 membres depuis les élections d’avril 2006; 114 députés du PRPL et 1 indépendant approuvé.
17 En 1975, le Leader du PRPL, Kaysone Phomvihane, avait le poste de Premier ministre et détenait tout le pouvoir exécutif, le Président, le Prince Souphanouvong, demeurant une figure symbolique. C’est seulement en 1991, lorsque Kaysone devient Président, que la présidence devient exécutive.
18 Sur le pouvoir des militaires au Laos, voir l’analyse du 6e congrès du PRPL de 1996 par Martin Stuart-Fox, « After de Sixth Party Congress », Lao Studies Review, vol. 3, 1998/1999.
19 Le Laos était très important dans la logique de la « théorie des dominos » et l’ambassade américaine à Vientiane a longtemps été la plus importante en Asie. Après la prise de la capitale par les communistes en décembre 1975, l’ambassade américaine a fermé ses portes pendant quelques jours seulement.
20 Le recensement américain de 2000 rapporte plus de 198 000 Lao ethniques et 186 000 Hmongs originaires du Laos, malgré que d’autres estiment que la population hmong américaine oscille entre 250 000 et 300 000 individus : voir, Wayne Carroll et Victoria Udalova, « Who is Hmong? Questions and Evidence from the U.S. Census », Hmong Studies Journal, vol. 6, 2005.
21 Voir le rapport 2006 du Département d’État des États-Unis.
22 Voir les rapports 2003 et 2006 d’Amnesty International.
23 Voir le rapport 2006 du Département d’État des États-Unis.
24 Voir Robert Ménard, « Open Letter to President Choummaly Sayasone », Reporters Without Borders, 23 juin 2006.
25 Ibid.
26 Voir à cet égard la section complète sur les impacts et enjeux de la construction du Nam Theun II.
27 Le «Normal Trade Relations» fait référence à ce que l’Organisation Mondiale du Commerce appelle le statut des nations préférées ou le most favoured nation (MFN).
28 Voir à cet égard la section complète sur la situation des Hmongs au Laos.
29 Comme vestige de cette époque, le Laos maintient toujours des missions diplomatiques en Russie, en Pologne, en Allemagne, à Cuba, en Mongolie et en Corée du Nord.
30 Pour donner une idée de l’ampleur du projet, l’autoroute AH1 part de Tokyo et se rend jusqu’à Istanbul, pour ensuite se joindre au réseau européen; et la AH2 part de Bali et se termine (pour l’instant) à la frontière entre l’Iran et l’Irak. Voir le Asian Highway Handbook publié en 2003 par l’UNESCAP.
31 Pour mieux saisir la place du Laos dans ce projet, voir Annexe 3 : Carte du réseau autoroutier du Laos, et Annexe 4 : Tableau de comparaison des statistiques du réseau autoroutier asiatique.
32 Pour une idée de l’étendue du territoire du royaume de Lane Xang, voir Annexe 6 : Le royaume fédéré de Lane Xang au 16e siècle. Pour un court résumé de son histoire, voir Annexe 1 : Chronologie de l’histoire du Laos. Le royaume survécu sous une forme de fédération même après les chutes des Empires Mongol (1368) et Khmer (1431), jusqu’à sa conquête et son découpage par le Siam et le Vietnam à la fin du 18e siècle.
33 Pour savoir où se situe l’Issan, voir Annexe 5 : Carte de la région d’Issan.
34 Expression utilisée par Charles Robequain dans L’ Indochine, Viêt-Nam, Laos, Cambodge , 1952, page 78.
35 Voir Luc Lacroze, L’Aménagement du Mékong (1957-1997) : L’Échec d’une Grande Ambition?, 1998, page 8.
36 Le Nam Theun II Consortium est constitué ainsi:«Transfield Holdings Ltd» (Australie)10%; EDF (France)35%; «Italian-Thai Development» 15%; «Jasmine International» (Japon) 10%; Merril Lynch Phatra Thanakit Securities (Thaïlande) 10%; les 20% restants sont apportés par le gouvernement laotien.
37 Voir Hiroshi Hori, The Mekong: Environment and Development, 2000, page 290.
38 Voir Rodolphe De Koninck, L’Asie du Sud-Est, 2005, page 280.
39 Voir Sébastien Godinot, « La Banque mondiale approuve le barrage de Nam Theun II ».
40 Voir Jean Michaud, Historical Dictionnary of the Peoples of the Southeast Asian Massif, Maryland,  Scarecrow press inc., 2006, page 105.
41 Ibid., page 107.
42 Voir Rodolphe De Koninck, L’Asie du Sud-Est, 2005, page 279.
43 Pour une vision globale, voir l’Annexe 2 : La structure des familles ethnolinguistiques au Laos.
44 Voir Jean Michaud, op cit., page 106.
45 Voir «Laos », dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 2006.
46 Ibid.
47 Voir Jean Michaud, op cit., page 108.
48 Voir François Hauter, « Laos: Vientiane pourchasse les derniers Hmongs », dans Le Figaro du 8 juin 2005.
49 Voir François Hauter, « Un régime fossilisé aux mains d’une clique de généraux », dans Le Figaro du 8 juin 2005.
50 Voir le rapport 2006 du Département d’état des États-Unis.
51 Voir la déclaration publique du 13 septembre 2004 d’Amnesty International. « Les atrocités commises par des militaires contre des enfants hmong sont des crimes de guerre ».
52 Voir Bernard Formoso, « Les éléments dynamiques de la structure sociale ». In Thaïlande : bouddhisme renonçant, capitalisme triomphant, 2006, p. 16.

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Annexe 1 : Chronologie de l’histoire du Laos

11e et 12e siècles : Les premiers peuples lao s’établissent dans la région du Moyen-Mékong.
1354 : Fondation de Lane Xang, le royaume au million d’éléphants par Fa Ngum.
1694 : Surinyavongsa, le dernier roi de Lane Xang, meurt sans laisser de descendance. En 1707, Lane Xang se brise en trois royaumes : Luang Prabang au nord, Vientiane au centre, et Champassack au sud.
1778 : Vientiane est conquis par le général siamois Chakri (futur fondateur de la dynastie de Bangkok), assurant plus d’un siècle de domination siamoise sur les trois royaumes lao.
1804 : Le roi Anouvong de Vientiane prend le trône. En 1823, il part à la conquête du plateau de Khorat dans le but d’unifier tous les Lao. En 1827, il est finalement vaincu par le Siam. Le royaume de Vientiane est aboli, la ville est totalement rasé et sa population est déportée de l’autre côté du Mékong, expliquant en partie l’actuelle disparité entre les Lao à l’est (Laos) et à l’ouest (Thaïlande) du fleuve.
1893 : Le Siam cède aux Français tous les territoires à l’est du Mékong. En 1904, les frontières du Laos actuel sont établies avec l’annexion des territoires de Sayabouri et Champassak du côté ouest du fleuve.
1940 : Invasion du Laos par la Thaïlande irrédentiste du Maréchal Phibun Songkhram. En 1941, dans une entente secrète, le Japon promet à la Thaïlande le droit d’annexer le Laos en entier (en plus du Cambodge, des états Shan et de certains sultanats Malais).
1949 : Statut d’État indépendant associé à l’Union Française accordé au Laos, suivit de la pleine souveraineté en 1953 et de l’adhésion aux Nations Unis en 1955.
1955 : Fondation du Parti révolutionnaire populaire lao.
1956 : Premier gouvernement de coalition entre les communistes du Pathet Lao, les royalistes neutralistes, et les royalistes pro-américains.
1964 : Après une tentative de coup d’État par l’armée, le Pathet Lao quitte le gouvernement de coalition en signe de protestation. C’est le début d’une guerre civile de neuf ans.
1973 : Après le désengagement américain, un nouveau gouvernement de coalition est formé, qui est très vite dominé par le Pathet Lao. La RDP Lao est proclamé deux ans plus tard.
1985 : Le « Nouveau mécanisme économique » est enclenché, introduisant, à l’instar de la Chine et du Vietnam, des éléments de l’économie de marché.
1997-98 : La crise financière asiatique frappe gravement le Laos en raison de sa dépendance économique envers la Thaïlande.

Annexe 2 : La structure des familles ethnolinguistiques du Laos

Source : SEAsite Laos, Laos Maps, 2003, http://www.seasite.niu.edu/lao/Lao_maps/language_family_medium.htm.

Annexe 3 : Carte du réseau autoroutier du Laos

Source : UNESCAP, « Asian Highway Database: AH Network in Member Countries », 2007, http://www.unescap.org/ttdw/common/TIS/AH/maps/lao.jpg

Annexe 4 : Tableau de comparaison des statistiques du réseau autoroutier asiatique

La première position est en gras et la position du Laos pour chaque statistique est entre parenthèses.
La densité d’autoroute est calculé en divisant la statistique correspondante par la longueur d’autoroute par pays (chiffre plus bas = plus grande densité).

Tableau statistiques du réseau autoroutier

Source : UNESCAP, Asian Highway Handbook, 2003.

Annexe 5 : Carte de la région d’Issan

Il y a environ 19 millions de Lao dans l’Issan, comparativement à moins de 4 millions au Laos.

Source de l’image : Wikipedia, Isan, 2007, http://en.wikipedia.org/wiki/Isan.

Annexe 6 : Le royaume fédéré de Lane Xang au 16e siècle

Source : SEAsite Laos, Laos Maps, 2003, http://www.seasite.niu.edu/lao/Lao_maps/historical_partitions_territory.htm.


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